Une femme libre, c’est si dangereux

img_1038

Provisoire
liberté provisoire
remise en liberté provisoire
Asli Erdogan sous le choc
hier à Istanbul

après plus de quatre mois de prison
l’écrivaine turque va pouvoir se reposer un peu et se soigner
jusqu’au 2 janvier
lundi prochain
date de la nouvelle audience de son procès

provisoire sa liberté
mais
dérisoire le nombre d’heures qui la séparent
du retour devant les juges
lundi c’est déjà presque demain

provisoire
ce mot affreux
il rime presque avec parloir
mais il pourrait aussi s’accorder avec grimoire
histoire de jeter un mauvais sort
aux immondes tyrans qui s’acharnent sur Aslı
un grimoire pour changer le cours de son histoire

pour qu’advienne un miracle
surgisse comme une renaissance
comme une étoile neuve dans le ciel de l’an nouveau
pour qu’Aslı puisse assister libre la semaine prochaine
à la publication par sa maison d’édition, Actes Sud
du recueil de ses articles traduits en français
sous le titre le Silence même n’est plus à toi

en attendant le miracle
j’écoute Springsteen en boucle
sa voix déchirée
ses mots qui sortent des enceintes et qui racontent les vies fanées
les destins défaits par la violence du monde
les crève-coeurs quotidiens
les larmes trop douces pour les raisons qui les font couler

dehors la ville se prépare à la fête
quelle fête ?
une année de plus à regarder le monde tomber en morceaux
les puissants décider pour les impuissants
l’injustice monter sur le podium
les mille et une façons d’user de la violence recueillir toutes les médailles

et pourtant mercredi Jacqueline a retrouvé la vie libre qui lui était due
et pourtant hier soir Aslı a obtenu un sursis
retrouvé les bras de sa mère-courage
offert son doux visage épuisé à la brise du Bosphore
caressé un chat
bu le vin de la liberté
souri aux fidèles, aux bienveillants, aux épris d’humanité comme elle

une femme libre, c’est si dangereux
quelle insoutenable menace pour la tranquillité des vils
des accapareurs, des corrompus, des assassins, des moins-que-des-hommes
une femme libre ça marche en robe légère
ça danse les bords de trottoir
ça saute dans les flaques d’eau
ça dit non
ça porte sa voix plus loin que des murs de prison
ça hurle de rage et d’indignation
ça serre les poings et ça les lève droit vers les tyrans
ça les regarde dans les yeux
ça prononce leur nom
ça raconte et ça écrit sur les pages de livres qui voyagent
et se partagent et se multiplient et témoignent, témoigneront, auront témoigné
seront là pour nous le dire encore et malgré tout
malgré le silence, l’indifférence et le malheur des jours sans lumière :
qu’une femme libre, c’est la grandeur du monde

* Aslı Erdoğan dans les bras de sa maman à sa sortie de prison

Photo copiée sur la page Twitter de Seray Şahiner

 

2 commentaires sur “Une femme libre, c’est si dangereux

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s