Entre violence et espérance

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Jacques parti vers les oiseaux
me suis laissé prendre à nouveau
dans les vibrations colorées du monde
à petites touches
voulais que ce soit doux
ce fut violent

ai une nouvelle fois eu honte
pour l’Amérique qui exclut
mais ressenti grande fierté
devant l’esprit de résistance
qui bat au pays de Donald

usa

revenu chez nous, ai tenté de rester aussi lucide que possible
devant le spectacle de la primaire du PS
moyennement emballé par Benoît Hamon mais désireux d’une gauche unie
sans faux nez
une gauche qui refuse une bonne fois pour toutes
les renoncements et les trahisons
qui jonchent le pauvre parcours du quinquennat finissant
ai mesuré qu’avons devant nous du boulot pour avancer groupés
beaucoup de boulot pour éviter
un très laid remake de 2002

melenchon

une fois n’est pas coutume
me suis posé devant l’ordi pour suivre un programme télé
regardé jusqu’au bout le documentaire que Gérard Miller
consacrait à Jean-Luc Mélenchon
son histoire, son parcours
plutôt séduit par le bonhomme
qui pourtant m’exaspère tant lorsqu’il se met en colère
me suis rappelé le titre du film de Robert Guédiguian
Dieu vomit les tièdes
ai revu le visage de mon grand-père
immigré et exploité
alors j’ai écouté Moussu T

après quoi, apaisé, suis parti retrouver Issa

Petit escargot

grimpe doucement surtout

c’est le mont Fuji !

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Pour t’accompagner

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Pour t’accompagner vers l’autre monde, mon Jacques, ce haiku d’Issa

Ah ! le rossignol

même en présence d’un prince

son chant est le même

 

Ce silence ne concerne pas l’ouïe

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Pour toi, mon Jacques, ce texte de Erri de Luca, extrait de son livre « Le plus et le moins » .

Illustration de ci-haut : @ Zao Wou-Ki

Ma première Tamborrada #2

À la demande générale des quelques lectrices et lecteurs de ce CarnetDeMarseille 🙂 , restons encore un peu à Donostia, auprès des habitants de la ville, actrices et acteurs de la Tamborrada 2017.

Deux habitants de Donostia San Sebastián racontent l’importance que revêt pour eux la Tamborrada. Interview en espagnol. La traduction vient juste après le son.

Et voici la traduction :

« C’est beaucoup d’émotion, dans la ville, célébrer une époque de cette ville, transmettre ce souvenir au peuple, se souvenir un temps passé;
– c’est enraciné profondément à San Sebastián ?
oui, profondément, avec beaucoup de sentiment, d’émotion;
– pareil chez la jeunesse ?
oui, c’est quelque chose qui se transmet de génération en génération, c’est émouvant.
merci beaucoup »

« C’est une émotion, une tradition, c’est le jour le plus important de l’année
– vous avez ça dans le sang ?
oh, oui, jusqu’à la mort. »

Allez, quelques douceurs pour se quitter en beauté

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Ma première Tamborrada #1

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vendredi 20 janvier
la tête et le cœur en quête de fête
à l’heure où de l’autre côté de l’océan
l’affreux Donald
osait poser sa main sur la Bible
alors ai franchi la Bidasoa dans l’Euskotren

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puis ai promené mon enregistreur
dans les rues de Donostia San Sebastián
marché de la Concha sublime

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jusqu’au vieux quartier
et la Plaza de la Constitución
où depuis 1836 débute et s’achève la Tamborrada
la fête annuelle des gens d’ici
pour célébrer Saint-Sébastien le patron de la cité guipozcoane

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Pour en savoir plus sur cette fête, c’est par ici et par ici et aussi par ici .

Janvier 43, Marseille meurtrie en son cœur

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Mémoire vive . Un grand merci à David Coquille, journaliste à La Marseillaise pour son travail de mémoire hier sur Twitter : le récit en images de ce qui reste et restera une meurtrissure profonde dans le cœur des Marseillais : il y a 74 ans, Marseille vécut une grande rafle dans les quartiers du centre-ville : l’Opéra, le Panier et le Vieux Port.

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L’armée allemande et la police de Vichy dirigée par René Bousquet arrêtèrent des milliers de personnes, dont 250 familles juives qui furent arrachées de leur logement. 1.642 hommes, femmes et enfants furent déportés vers Sobibor.

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Quelques jours après cette rafle, le 1er février 43, les nazis firent procéder à la destruction du quartier du Panier, qualifié de « chancre de l’Europe » et de « repère de toute une pègre internationale ». Voici comment le JT de l’époque, France Actualités, osait raconter cet évènement, sur 56 petites secondes…

Ce document est à retrouver en images sur le site de l’Institut National de l’Audiovisuel.
et le Mémorial de la Shoah œuvrent pour transmettre cette mémoire, notamment auprès des jeunes.

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Un Bella Ciao pour les femmes d’Amérique

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Bien trop loin d’ici, Washington
hélas …
n’empêche hier
c’est aux côtés des innombrables femmes d’Amérique que j’ai marché
entre le Mémorial Lincoln et les abords de la Maison Blanche
ai mêlé ma voix à toutes celles
atteintes, blessées, meurtries au fond d’elle-mêmes
par la vulgarité, l’obscénité
l’irrespect envers les femmes
le mépris de toutes les différences
la xénophobie
la haine de l’étranger
véhiculés par le 45ème président des États Unis
et comme chaque fois qu’il s’agit de protester, de résister
j’ai chanté Bella Ciao *
et l’ai lancé bien haut, bien loin
jusqu’à l’Amérique outragée

* Cette version de Bella Ciao est l’œuvre de l’Académie de Chant Populaire fondée à Marseille en 1994 par Alain Aubin. Le chœur qu’il dirige interprète un répertoire riche de chants de lutte et de résistance.

Pour prolonger, c’est par ici et par ici .

Amérique, ne te retourne pas

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Ne te retourne pas
Amérique
tu as honte je sais
tu as honte, oui
Barack s’en est allé
Donald déboule
et toi tu comptes les pas
qui te mènent
jusqu’au prochain désarroi

ne te retourne pas
Amérique
tu regrettes je sais
tu regrettes, oui
Barack t’a donné des droits
Donald les croquera
et toi tu aperçois le chemin
qui te conduit
jusqu’à la prochaine fois

ne te retourne pas
Amérique
tu n’as pas oublié je sais
tu n’a pas oublié, non
Barack n’est plus là
Donald s’affiche
et toi tu mesures la voie
qui te plonge
jusqu’au prochain coma

ne te retourne pas
Amérique
bats-toi
comme Ali tu sais
bats-toi comme lui
face à l’ennemi
Barack t’accompagne
Donald s’interpose
et toi sans violence
tu continues sur le ring
qui te verra
triompher de ce visage-là

Bob Dylan – The times they are a changin’

Photo de ci-haut @ Sonia Katchian

Serge, 65 ans, vit dans la rue à Biarritz

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Yeux bleus azur ; longue barbe blanche ; moustache jaunie par le tabac ; bonnet gris ; Serge a 65 ans ; accroupi dans un coin au bout de la Grande Plage de Biarritz ; sous le balcon de l’Hôtel du Palais ; précisément sous la piscine du cinq étoiles ; à l’abri du vent ; à ses pieds trois grands sacs plastique  ; un pour ses vêtements ; un pour ses couvertures et sa nourriture ; un matelas plié dans l’autre ; hier après-midi ; marée basse ; à peine un ou deux degrés au-dessus de zéro ; quelques surfeurs à l’eau ; et Serge posé sur un oreiller bleu foncé ; à regarder l’océan ; comme presque chaque jour depuis 4 ans ;

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Serge a un peu de mal à respirer ; il a aussi perdu ses dents ; lui ai apporté une veste chaude ; du thé sucré ; une tranche de gâteau basque aussi ; offerte par l’un des serveurs d’un café près du Casino ; Serge a mis la veste sous son blouson ; et puis il a parlé ; au début aucun son n’est sorti de sa bouche ; juste quelques mots murmurés ; trop froid pour laisser passer un son ; après le thé sa voix a commencé à se frayer un chemin dans l’air glacé de janvier ;

Serge a travaillé toute sa vie sur les marchés ; vendait des vêtements en région parisienne ; il ne touche ni retraite ni RSA ; sans papiers il est ; le matin il fait la manche près des Halles de Biarritz ; Serge n’a plus de contact avec sa famille ; espère le printemps pour monter sur Arcachon ou sur Royan .

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Puiser

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Puiser

tout au fond du ciel

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la lumière d’hiver

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journées avancent

à peine rallongent mais

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y puiser le feu

vers d’autres matins

De passage

Et toujours la lune
pour continuer de croire
à la force des rêves

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et toujours les oiseaux
pour me rappeler
que sommes de passage