Shanghai est un orage

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Il fait exprès le ciel de te déranger juste au moment où tu te glisses enfin paisible dans le sommeil la chambre s’illumine par saccades comme un doux feu d’artifice sans le son des éclairs très haut tu aperçois leur lueur à travers les rideaux tu te lèves pour ouvrir la porte-fenêtre toujours aimé l’orage depuis tout minot aux premières loges tu veux te poser ces éclairs ne se dessinent pas dans le ciel comme en Provence l’été non c’est un jaillissement de lumière diffus en cascade au-dessus des toits le tonnerre en approche les bambous frissonnent en bas et les grillons poursuivent leur vie de grillons cri cri cri ils se parlent ils ornent la nuit de leur leitmotiv en boucle délicat ce son que le vent vient un peu masquer à présent et le tonnerre aussi qui se rapproche il accompagne la lumière qui se promène en un long défilé et petit à petit tu entends la pluie frapper les immeubles d’en face puis la rivière en bas puis les saules pleureurs et les bambous et maintenant c’est le déluge par vagues il arrive et embrasse la ville une avalanche de gouttes sur le caillebotis tu en prends sur les pieds restés dans l’entrebâillement de la porte-fenêtre tiède cette pluie tu voudrais la boire mais tu n’oses pas te lancer sur la terrasse sous les éclairs cachés derrière la couche de nuages alors tu écoutes et la musique de la pluie te berce et tu rentres te remettre au lit car tu sais qu’après ces jours de jetlag le sommeil à Shanghai ne se refuse pas même si tu ne résistes pas à garder encore quelques secondes les yeux ouverts avant que l’orage poursuive sa symphonie jusque dans tes rêves de Papet.

Rêve d’orage

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Rêver d’orage
deviner le sombre
masqué par le doré
laisser grandes ouvertes les fenêtres
à peine clore les volets
laisser retomber le poids des heures
leur fureur comme leur vacuité
s’allonger et fermer les yeux
écouter le tonnerre approcher
l’entendre passer aux ras des toits
comme un avion de guerre
attendre un orage de paix

Une paisible touche blanche

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Face au grand phare
désormais déserté des hommes
vigie cachée au loin en pleine lumière
prendre son temps
à pas de tortue
s’accrocher aux rochers
fouiller au cœur de ses plumes
et tenter d’écrire le présent
comme sur une île vierge

ne redouter ni l’orage possible
ni la tornade qui menace
oser faire face
avec le chaud du dedans
orner le futur offert
d’une paisible touche blanche

 

Orage, orage

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Agité par la fièvre
ai sursauté lorsque
le volet a claqué
lumière sombre
éclair lointain
pas froid dans la ruelle
mais
le tonnerre, soudain
puis un orage de grêle
à faire fuir les tourterelles

me suis souvenu de ce merveilleux orage
capturé par Félix Blume en Bolivie
à plus de 5.000 mètres d’altitude
au sommet du mont Chacaltaya

redescendu sur terre
ai béni dame Nature
et suis reparti chasser ma fièvre
en espérant d’autres éclairs
d’autres coups de tonnerre
pour bercer mes heures solitaires

A cappella

crépuscule1904

Le déluge dehors a cappella
les gouttes comme des poings sur l’horreur du jour qui part
tapent les tuiles par vagues d’exil
tambour de pluie en larmes
tonnerre colère misère partout
les gouttières débordent et déferlent au ras des façades repues

entrouvre la fenêtre
frissonne
besoin d’éprouver le vent du large
arrive de l’océan par les cimes sombres, là-bas
affole la girouette rouillée
caps perdus en route
boussoles noyées
complies égarées

à peine le temps de remplir poumons
le temps d’y croire encore un peu
l’orage est passé à travers la buée du crépuscule

voudrais un déluge de neige maintenant
neige neige neige a cappella je murmure
peindre l’avenir en silence
reprendre une page vierge de prières.

Chant grégorien de l’Abbaye de Fontfroide – Complies cisterciennes

Image : Crépuscule – Félix Vallotton – 1904