Le feuilleton Jean-Michel l’organiste autodidacte #1 « j’ai avancé à ma façon »

Organiste

Jean-Michel ne se voit pas les dimanches à la messe il s’entend
ou plutôt son jeu s’écoute mêlé aux paroles et aux prières
il est l’organiste remplaçant de la paroisse
lorsque le curé a besoin de lui il arrive se met à son instrument et joue
parfois Jean-Michel vient maintenir en souffle de vie l’orgue de l’autre église de la commune
c’est là que je l’ai accompagné
admiratif de cet homme cent pour cent autodidacte
une matinée musicale façon feuilleton audio en trois épisodes pour terminer cette année et entamer 2018 en beauté

Demain, l’épisode #2 « je demande pardon à Bach »

SévillHaïku #9 Une Toccata pour Murillo

Sur son orgue doré
le virtuose offre
Bach à Murillo

une brillanteToccata et fugue en ré mineur
le chef d’œuvre de Jean-Sébastien Bach
pour célébrer les quatre-cents ans
de la naissance ici du peintre baroque
Bartolomé Esteban de son prénom
vénéré par Séville
comme son aîné Velásquez

Estaban-Murillo-Vierge-de-lImmaculee-Conception-

privilège d’assister
au concert-hommage
donné en l’église toute en dorures
de l’Hospital de los Venerables *

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le virtuose
Padre José Enrique Ayarra
est depuis bientôt un quart de siècle
organiste titulaire de la Giralda
la monumentale cathédrale sévillane

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ce grand maître de l’orgue
a donné plus de mille concerts
dans trente deux pays

* jusqu’au deux avril
l’Hospital de los Venerables
accueille une expo dédiée
aux deux peintre enfants de la cité

Illustration de ci-haut : La Vierge de l’Immaculée Conception – Murillo

Irène et Fernand

orgue

Depuis toute petite tu savais
tu avais appris
ce jeu de mains et de pieds
qui transporte de haut en bas
tu connaissais par cœur les danses des doigts
sur le clavier
accordées aux déambulations des semelles
le long du pédalier
tu t’appelais Irène
née avec l’autre siècle
dix-huit ans avant le premier des cauchemars
qui endeuillèrent le monde

pendant que les hommes se battaient
tu venais t’asseoir ici et tu lançais ta prière
je te revois le buste droit comme un bouleau
les yeux clos
les cheveux tressés sur la nuque
et les lèvres pincées
pour que s’échappe de tout ton être
le chant qu’à chaque fois
tu murmurais pour accompagner ta musique

après l’armistice
tu as étendu ton répertoire
jusqu’aux frontières du connu
commencé à composer
à voyager d’église en église
appelée pour tant de cérémonies
pour tant de concerts aussi
première femme à oser jouer Bach
sur l’orgue de la Major
à Notre-Dame aussi

je me souviens de cet homme en larmes
chaque fois que tu jouais
venait s’agenouiller près de la Vierge
te tournait le dos face à l’autel
ne regardait jamais en arrière
se contentait d’écouter tes phrases
et montait vers toi en secret
frôlait les bas-côtés

un jeune écrivain je crois bien
as composé pour lui je le sais
est parti un beau matin
une lettre par jour t’a envoyé
Fernand il signait
a combattu dans le maquis
n’en est jamais revenu
toi, tu as arrêté de jouer
le jour où as reçu dans une enveloppe
sa plume de poète
toute de noir et de gris vêtue

Photo Eglise Saint-Vincent – Pays-Bas 2009 – @Sylvain Margaine