Octobre rouge #16

Octobre rouge

– C’est fini, Monsieur Arthur ! Allez !

Face au sablier, j’ai beau agiter la tête en signe de refus, tu as beau hurler “ mon papa, mon papa ! ” en t’agrippant à ma chemise

blanche, rien n’est plus fort que ce soldat qui nous arrache l’un à l’autre et te bâillonne.

Vite, tu t’éloignes de bras en bras vers la porte d’entrée.

Très vite même.

Tant mieux, je me dis, tant mieux…

 

A peine le temps de capter le claquement du chargeur et tu as disparu dans le fracas rougeoyant de ce matin d’octobre.

(fin)

Octobre rouge #15

Octobre rouge

Dès l’instant où tu as franchi le portail de cette communale, j’ai senti mes cellules se gorger de vide, ma peau se racornir, ma voix se rabougrir.

Il m’a fallu passer de longues heures face à la mer pour commencer à accepter le pas de deux esquissé par ton essor et par ma chute.

Les premiers jours, j’ai bien failli venir te chercher en pleine classe.

J’ai renoncé à la tentation de nous rapter vers je ne sais quel pays où la vie aurait pu se redessiner comme avant.

J’ai résisté mais hélas, je ne me suis pas assez méfié.

Quelqu’un m’a dénoncé, je crois. Va savoir pourquoi.

Hier soir, devant l’école, un milicien en civil a attendu que tu sautes dans mes bras pour me faire signe de surtout rester bien sage.

Je l’ai suivi sans sourciller et nous avons atterri dans cette pièce humide où de la nuit, tu ne m’as pas lâché d’un millimètre.

(à suivre)