Ema, en mode impromptu

ema

Avant de m’en aller vers quelque jachère estivale, écrire ma profonde reconnaissance à Ema.
Une année que cette musicienne accepta, par la grâce d’une rencontre inattendue, de me guider vers la découverte du violoncelle.
Vers l’accomplissement d’un rêve de jeunesse.
Elle arriva un beau matin avec son Mirecourt, me le tendit puis l’installa contre moi.
Ensuite, elle plaça l’archet au creux de ma main et me laissa commencer à tenter de faire vibrer les cordes.
Une à une.
De la plus grave à la plus aigüe.
Elles sonnèrent un petit peu.
Jusque dans ma poitrine et dans mon ventre.
Ema sourit avec douceur.
Je fus bouleversé de cette confiance et de ce partage impromptu.
Cette émotion reste et restera gravée en moi.
Depuis cette petite heure de rêve, le violoncelle m’accompagne chaque jour.
Gratitude immense à Ema pour ce si beau cadeau de la vie.

 

Impromptu – Franz Schubert (indulgence requise…)

 

Orage et un espoir

éclair

 

Comme l’autre jour avec les hirondelles, il m’a fallu être très patient pour réussir à capter l’un des éclairs qui ont zébré le ciel de la ville. Cette photo a nourri en moi l’espoir de gros orages. Pas de ceux qui tuent mais de ceux qui me laissent tremblant derrière la vitre, en me souvenant des délicieux coups de tabac d’autrefois, l’été à la campagne, lorsque la maison vibrait et avec elle toute la rue, tout le village.

 

Marseillais, Stop ou encore ?

marsVallotton

En ce dimanche d’élections municipales, j’écoute le Printemps de Vivaldi en pensant à Marseille, ma ville d’amour, et je me demande : Stop ou encore ? Les immeubles qui s’écroulent et qui tuent, Stop ou encore ? Les milliers de logements indignes, Stop ou encore ? Les élus marchands de sommeil, Stop ou encore ? Les écoles délabrées, Stop ou encore ? Les piscines en ruine, Stop ou encore ? La misère endémique, Stop ou encore ? Les quartiers populaires abandonnés, Stop ou encore ? Les rues privatisées, Stop ou encore ? Les transports en commun négligés, Stop ou encore ? Les pistes cyclables galvaudées, Stop ou encore ? La saleté et la pollution à gogo, Stop ou encore ? Les bibliothèques fermées, Stop ou encore ? La ségrégation sociale entretenue, Stop ou encore ? La bétonisation à outrance, Stop ou encore ? L’arrogance et le déni, Stop ou encore ? Marseille maltraitée, Stop ou encore ? Je réponds Stop ! Mille fois Stop ! Et je conjure les Marseillais d’aller en masse jusqu’aux urnes pour dire Stop ! Basta ! Pour qu’ils choisissent de tourner une bonne fois pour toutes la page sur un quart de siècle de désastre entretenu à petit feu. Pour qu’ils décident de faire prendre à leur ville, notre ville, le virage vers une vie plus douce, un quotidien plus apaisé, un futur plus serein, à échelle humaine, dans une cité plus durable et plus égalitaire. Le choix me semble limpide. C’est le choix de la dignité. Il est urgent de dire Stop à tous les chapacans, Stop au naufrage en cours et de pousser bien fort dans les urnes le son du Printemps de Vivaldi, pour accompagner jusqu’au Vieux-Port le Printemps Marseillais.

 

Le Printemps, Antonio Vivaldi – version pour trois violoncelles, signée Mau Castillo

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Illustration : Marseille, par @Félix Vallotton

Prolonger le délice jusqu’à la mer

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De chacune de ses balades, Nicolas Esse donne à voir une photo, postée sur Twitter, avec deux seuls petits mots pour accompagner : à vélo. Aussitôt, me voilà en Suisse à ses côtés. Il y a souvent un lac, des coteaux, des champs de blé, des mélèzes, des collines et des montagnes avec encore de la neige au sommet. Nous sommes en terrain de beauté. Paisible. Nous montons et descendons. J’imagine l’effort et le plaisir. C’est délicieux. Il y a une dizaine de jours, je trouve ce texte sur son site : Le Tour de rien : Jusqu’à la mer. Tiens tiens, je me dis ! Il est allé jusqu’à la mer ! Pour prolonger le délice, le lire à voix haute.

Le Tour de rien : Jusqu’à la mer

 

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Photos @NicolasEsse

Ousmane, es-tu toujours dans la lutte ?

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Qu’est donc devenu Ousmane Dieng ? Je l’avais rencontré au Sénégal il y a quelques années. C’était à Mbour, le port où il avait commencé à travailler comme marin-pêcheur à l’âge de 9 ans. Quelques années plus tard, Ousmane avait quitté sa pirogue pour tenter l’aventure de la lutte professionnelle. Dans l’arène. Pour les trophées et les liasses de francs CFA. Grâce à la lutte sénégalaise, Ousmane, alias Michael Jordan, était devenu un homme respecté de tous dans sa ville. Au fil du temps, les sponsors et les combats s’étaient fait rares. Ousmane avait continué malgré tout à encadrer les jeunes lutteurs. Je ne sais aujourd’hui s’il a continué à leur transmettre sa passion ou s’il est retourné gagner sa vie en mer. J’aimerais beaucoup avoir de ses nouvelles.

En estive et Reclus

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Parfois, c’est vers les chemins de montagne que j’aimerais filer. Je prendrais mon bâton et accompagnerais les vaches et leurs pâtres en estive. Lorsque après des semaines il leur faudrait redescendre, j’écouterais leurs sonnailles s’échapper vers la vallée. Je resterais là-haut et grimperais jusqu’à la trace des glaciers évanouis, ces territoires disparus si joliment racontés par Élisée Reclus.

 

Le Glacier – Élisée Reclus (Histoire d’une montagne – 1875)

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Le silence et je reste coi

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Les mots pour le dire

« L’été venu, lorsque la nuit me happe et m’enveloppe de ses échos, je monte parfois dans mon carrosse de mémoire et je convoque les grenouilles qui saluent derrière le portail rouillé. Je rejoins leurs débats et leurs ébats. Je me demande si leurs têtards sont de la fête. Immergé à leurs côtés, je deviens algue, amibe, racine de roseau, nénuphar. Remonté à la surface, je flotte parmi les graines échappées des fleurs. Je dérive dans l’onde des poissons rouges. Je frôle les herbes courbées sur mon passage. Je m’abreuve de pollen égaré. Je respire le peu de fraîcheur qui s’attarde. Je tremble lorsque se pointe la lune. Je sais qu’elle éclaire encore ce pauvre monde où explosent les thermomètres, où meurent les glaciers, où s’amasse la misère, où s’éternise la violence, où se délabre la justice, où s’effrite l’espérance. Soudain, les grenouilles se taisent. J’écoute le silence et je reste coi. »

 

1er mouvement du Concerto pour violoncelle en mi mineur d’Edward Elgar, par Jacqueline Du Pré et le Philarmonique de Londres, dirigé par Daniel Barenboim.

 

 

Des étés Camembert, mémoire démoulée

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Aube

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Les mots pour le dire

« Déjà, la première de couverture. Avec cette jeune fille vintage et les animaux de la ferme qui avancent dans l’autre sens. Elle et eux enfermés dans le rond parfait d’une de ces boîtes tellement familières pour peu que nous ayons tété au biberon fromager. Elle m’a tapé dans l’œil, cette couverture, avec le petit bonhomme ombré tout en dessous. Comme une silhouette évocatrice de ce que Daniel Bourrion, l’auteur du livre, a retenu, j’imagine, de ce temps où il s’immergea dans la vie active. Oui, qu’est-ce qu’on se sent petit lorsque pour la première fois l’on sort du cocon-carcan familial pour se plonger dans la vague immense et effrayante et excitante du monde du travail. La couverture donc, signée Roxane Leconte, et puis le texte, nerveux, au tempo soutenu qui s’emballe et puis se pose, aux phrases rythmées de ces virgules en guise de point, mais non, les mots repartent et tournoient, de la maison à l’usine, de l’entrée au vestiaire, jusqu’à la chaîne de production. Parfois, reprendre son souffle car on se prend à souffrir avec le jeune saisonnier, le jeune travailleur de ces étés Camembert où s’apprend la vie qui n’est pas que dans les livres mais qui, pour le coup, s’y niche avec tout autant de distance que d’affection, tout autant de souffrance que de plaisir. L’ai dégusté, ce livre. Il m’a rappelé mes journées de manutentionnaire à trimballer sans savoir pourquoi des vannes en fonte d’un entrepôt à un autre, puis d’un entrepôt à un autre entrepôt. Cinq jours sur sept. Il a résonné jusque dans le passé de mon Pépé aux cent métiers, manœuvre, métayer, ouvrier agricole… mon grand-père exploité parmi les exploités. Sûr que ce livre, si joliment illustré page après page par Roxane Lecomte – on va résumer son travail à elle par les six lettres du mot talent -, lui aurait bigrement parlé, à mon Pépé. »

Des étés Camembert est publié chez Publie.net, dans la collection Temps réel

 

Ville de lumière – Gold

Roméo cadeau

Avec Roméo

Quel jour de lumière –
merveilleuse rencontre,
Roméo cadeau.

 

Capriccio 1 de Alfredo Piatti – Carol Tsai

Un petit Prrri réussi

Hirondelle1

 

On a souvent besoin d’un plus petit que soi… La tête vers le ciel, je me délecte toujours du ballet furtif des hirondelles. Il me remplit de joie. Surtout en ce moment. Elles sont plus nombreuses que les années passées. Vestige provisoire du temps du confinement ? Les enregistrer, ces demoiselles, pas compliqué. J’aimerais n’entendre qu’elles mais pas trop le choix. J’ai pris mon parti de capter aussi les divers sons de ma rue. Les travaux, la circulation, les passants, les autres oiseaux. Réécouter ensuite et repérer leurs fugaces Prrri Prrri Priii. Les photographier, c’est plus difficile. Hier, j’ai installé mon poste de guet sous une fenêtre et attendu l’instant, le cou un peu crispé à force. Failli me faire un torticolis. Désirais saisir la petite seconde de l’hirondelle. Son surgissement contre le nid lorsqu’elle déboule du haut du ciel pour nourrir ses jeunes. D’abord, je n’ai pas réagi assez vite. Hop, hop. Prrri Prrri Prrri. Présente au monde plus vite que son ombre la pitchounette. En à peine une seconde, la voilà qui était repartie. Prrri Prrii Prrri. Je déclenchais. En rafales. Mais sur les photos, rien de plus que la fenêtre, la corniche aux nids de boue brune et le ciel. Le temps de me moquer de mes réflexes très élastiques, je me suis souvenu que patience et longueur de temps… Quelques bonnes poignées de minutes plus tard, clic clac, j’avais réussi mon petit Prrri.

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Allegro du Concerto pour 2 violoncelles en sol mineur RV. 531 d’Antonio Vivaldi, par Ophélie Gaillard et l’Orchestre Pulcinella

Plus anonyme tu meurs

CielG

 

Les mots pour le dire

« Tu sais, plus anonyme on ne fait pas. Des journées, des mois, des années par dizaines que tu existes et pourtant tu n’es plus là. De ton éphémère passage ici bas, point de photo, point de murmure, point de souffle, point de sourire. Juste l’ondulation tremblée de ta peau d’ange et de tes cheveux clairs au creux de mon sang. Je n’oublie ni tes yeux éplorés ni le poids de nos larmes sèches. Je te sais depuis toujours tapi au cœur des écorces, bercé à fleur d’écume, dissous à flots de torrents, envolé à cris d’oiseaux, blotti parmi les cendres ou réfugié au cœur des nuages. Je t’y rejoindrai en silence lorsque sonnera l’heure. Plus anonyme tu meurs. »

 

 

Melody – Sheku Kanneh-Manson