Voyons voir…

2020 est derrière. Une année à oublier, je lis ça de ci de là. Comme si la mémoire était affaire de volonté. De choix. De tri. D’enfouissement. Elles s’accumulent, mes années et je n’oublierai pas plus celle-ci que les autres. Alors, je rembobine. 2020 donc. Sur le papier, ça faisait joli ces deux 20 collés serrés. Ça évoquait le 20 sur 20. La note ultime. Le top niveau de l’excellence. Voyons voir…

Papa

Janvier. Papa chute le 2 en promenant Choupette. Ensuite, peur de sortir. Puis goût de vivre qui s’évanouit tel une bougie à bout de souffle. Il s’en ira rejoindre le Grand Tout le 22 février. Pour toujours et à jamais. À peine un peu plus d’un mois après son 89ème anniversaire. Paul James Schulthess repose au Jardin du souvenir. Misha Maisky joua Bach et accompagna ses cendres au pied de l’arbre. Nous l’écoutâmes religieusement. Dernières volontés respectées. Parti en paix, le vieil Instituteur de la République.

carnet

Écrire. Le carnet noir se remplit de phrases. D’histoires courtes. Elle se passent toutes à Bauduen, le village natal de ma grand-mère maternelle. Ce sont des portraits de villageoises et villageois du temps de ma jeunesse. Chacun sera traduit en provençal, la langue que parlait Mémé à la maison mais interdite à l’école. À qui parleront-elles, ces histoires ? L’ignorer. Est-il important de le savoir ? Écrire pour soi d’abord, mais peut-être se mettre en quête d’un éditeur en 2021. Rêver d’un livre illustré.

mimosa

Février. Les premiers mimosas de l’année. La fleur préférée de Papa, né à Nice. Éternuer en approchant le nez de ses boutons parfumés. Déplorer qu’elle soit si fugace.

tombe

Mars. Découvrir en promenant une tombe en bord de mer, sur une île lointaine. Quelle belle vie pour le futur !

phaare

Nous voilà confinés. Se souvenir du phare miniature auprès des flots. Pour éclairer quels chemins ? Guider vers quels ports ? Vers quelles rencontres ? Vers quelles tempêtes ? Se souvenir de Yann Paranthoën au Phare des Roches Douvres. Magique, le documentaire.

arbreschéris

Avril. Donne-nous aujourd’hui nos fleurs de chaque jour. Arbres chéris, c’est tellement beau de penser aux abeilles.

Papa1

Mai. Les rides sur le front de Papa jeune. Ne les ai jamais remarquées. D’où puisait-il sa fatigue ? Instituteur. Syndicaliste. Militant communiste. Tant de réunions et tant de trajets en Solex le soir après l’école. À son retour, j’entendais les graviers crisser dans l’allée. Le pas plus lourd qu’à l’aller. Il y croyait aux lendemains qu’il imaginait. Sans doute ne dormait-il pas assez.

choupette

Juin. Choupette prend le soleil auprès de ma sœur. Elle rêve, j’en suis sûr. Là-haut ou là-bas ou nulle part, Papa et Maman dorment tranquilles. Choupette, j’aimerais te caresser un peu comme avant et te gronder aussi lorsque tu aboies pour un oui ou pour un non et que tu me casses les oreilles.

petits_fils

Juillet. Retrouver les petits-fils. Ils sont si beaux. Rajeunir soudain d’une année. Mais oui. Savoir que désormais ils ne seront plus aussi loin de ma maison. Déguster cette offrande de la vie.

concertGautier

Août. Le seul concert de l’année. Gautier Capuçon à vingt mètres de nos chaises. Se pincer. Un cadeau offert et partagé avec Marie-Laurence, ma professeur de violoncelle. Sublime soirée. Les mots si gentils du maestro, lorsqu’il m’accueille dans sa loge. Si encourageants et chaleureux qu’ils me portent chaque fois que je prends James, le cello offert par Papa. James fut son second prénom. Mon cello joue aussi pour lui.

mer

Septembre. Un an de plus au compteur. Soixante-six. Ça calme. La mer ne m’en veut pas. Elle m’accueille toujours. Tant d’anniversaires à fêter ce mois-ci. Partir partager la Méditerranée. En Espagne et à Cannes.

ruine

Octobre. Re-confiner. Se retrancher du dehors. La vie de tant et tant de gens en ruines. Ne point les oublier. Ne jamais pardonner aux massacreurs des hôpitaux.

vélo

Novembre. Remonter à vélo. Retrouver le vieux copain italien. Se bouger. Tourner les jambes. Faire monter le cœur. Remplir l’attestation. Ravaler sa colère. Respirer encore et encore. Aller saluer les brebis. Savourer.

FANCULLO

Décembre. Voir Venise et hurler. Accepter le jaillissement des insultes adressées au vieux monde qui brime, exploite et opprime. Ce vieux monde soumis aux lois de l’argent. Aux profits des gros. Au mépris du plus grand nombre. Se promettre de ne pas en rester là. De résister coûte que coûte aux casseurs de vies et aux briseurs de rêve. Ça commence ce matin.

Ludovico Einaudi – Una mattina – Gautier Capuçon au violoncelle & piano

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