Trois fois clic clac et puis revient (19) Nos petites lâchetés…

Redescendre sur terre. Revoir avec la nausée les violentes images de la répression des manifestants massés autour de l’Assemblée Nationale ce mardi, venus dénoncer le projet de loi de sécurité globale examinée par les députés. Relire Matin Brun, le livre de Franck Pavloff. Méditer sur nos petites lâchetés et nos renoncements… Remettre une bûche dans le poêle…

Extrait : « Ce matin, Radio brune a confirmé la nouvelle. Charlie fait sûrement partie des cinq cents personnes qui ont été arrêtées. Ce n’est pas parce qu’on aurait acheté récemment un animal brun qu’on aurait changé de mentalité, ils ont dit. « Avoir eu un chien ou un chat non conforme, à quelque époque que ce soit, est un délit. » Le speaker a même ajouté : « Injure à l’État national. » Et j’ai bien noté la suite. Même si on n’a pas eu personnellement un chien ou un chat non conforme, mais que quelqu’un de sa famille, un père, un frère, une cousine par exemple, en a possédé un, ne serait-ce qu’une fois dans sa vie, on risque soi-même de graves ennuis. Je ne sais pas où ils ont amené Charlie. Là, ils exagèrent. C’est de la folie. Et moi qui me croyais tranquille pour un bout de temps avec mon chat brun. Bien sûr, s’ils cherchent avant, ils n’ont pas fini d’en arrêter, des proprios de chats et de chiens. »

Prélude de la Suite 4 pour violoncelle seul de Jean-Sébastien Bach – Mischa Maisky

Contribution #17 J’accueille aujourd’hui la photo et le texte adressés par Josie depuis Pau, où d’ailleurs a eu lieu ce mardi-soir un rassemblement de protestation contre la loi de sécurité globale. Gratitude.

photojosie

Belle initiative à Pau. Les professionnels de la culture veulent dénoncer leur détresse. Et pourtant, permettre l’accès la culture est un important facteur à l’intégration sociale. Un très grand sentiment d’injustice pour eux et pour nous tous. L’art et la culture font du bien. L’échappée dans l’imaginaire et la sensibilité qu’ils procurent permettent à nombre d’entre nous de garder le cap sur l’espoir en ces temps difficiles. Il est donc légitime de nous demander si la culture et ses publics reçoivent tout le soutien qu’ils méritent de la part de nos gouvernants et de chacun d’entre nous à l’heure actuelle. Messieurs du gouvernement, revoyez votre copie !

Trois fois clic clac et puis revient (18) À volonté…

À quelques minutes à peine de la maison, grimper là-haut pour retrouver le banc au pied du chêne. C’est mon oloé préféré. Lorsque la pente se fait un peu plus forte, sur le petit sentier humide qui serpente, me reviennent à chaque fois les parfums et les sons des chemins de randonnée où se lançaient nos pas vers les sommets, au temps d’avant. Le cœur battait plus vite, plus fort. L’air offert se faisait plus frais. Plus léger. Parvenu sur le banc, le souvenir s’estompe et laisse place à la replongée dans les pages. Rien d’autre ne vaut plus alors que ce voyage-là. Près des oiseaux. Face au soleil. À volonté. Hors du temps imposé.

Like a bird – Leonard Cohen (Live in London)

Contribution #16 Voici les photos et le texte que m’a envoyés Georges. Mille fois merci.

Avec ma compagne, nous y montions sur cette montagne au temps d’avant. C’était une joie de marcher sur le sentier qui mène à cette grande dame de Provence. Le souffle toujours en contrôle, nous nous souvenions des tableaux de Cézanne et nous imaginions ceux que Van Gogh aurait pu dédier à cette merveille des merveilles. Aujourd’hui, les couleurs de ces toiles nous aident à garder l’espoir de retrouver bientôt le chemin de Sainte-Victoire.

Continuez à m’adresser vos photos et textes sur cette adresse mail : ericschulthess@mac.com Grand merci !

(À demain, 8h30…)

Trois fois clic clac et puis revient (17) Pour un temps seulement …

Parfois, tu marches, le regard vissé sur la pointe de tes chaussures, et tu peines à relever la tête. Colère sourde au fond de la gorge face aux libertés qui rétrécissent. Lassitude des jours empesés. Faux rythme infusé par la claustration. La flemme aussi qui rode et n’attend qu’un signe pour te gangréner le cycle des heures. Le temps de soixante petites minutes tu avances et tu rumines. Tu racles semelles, tu piétines quelques cadavres de feuilles, tu envoies valdinguer un caillou, une pigne, un bout de bois atterri là va savoir quand et comment. Et puis survient l’embellie. Tu ne t’y attends point lorsqu’elle t’incite à te taire dedans, à te redresser et à oser pointer le regard là-haut, là où jamais personne n’osera te demander de montrer papiers ou patte blanche. Tu clignes des yeux, tu t’émerveilles et tu t’écries – ciel, ces cieux ! Alors tu restes là, tu te poses, tu te juches sur le plus haut sommet de lumière possible, tu survoles le plus haut des nuages et tu oublies qu’avant qu’il ne soit trop tard, il te faudra surveiller ta montre, redescendre et t’en accommoder. Jusqu’au jour d’après. Peut-être toucheras-tu alors du doigt la chance qui est tienne de te voir offert tant de grâce, en dépit des pesanteurs présentes, des menaces qui approchent et des colères contenues. Sans doute pour un temps seulement. Carpe Diem, te prendras-tu à murmurer. Mais jusqu’à quand ?

Shine On You Crazy Diamond – Pink Floyd

Contribution #15 J’accueille aujourd’hui les photos et le texte adressés par Romain. Mille mercis.

En effet, on est pas les plus à plaindre, et notre rythme n’a pas tellement changé. Je travaille toujours et nos sorties quotidiennes avec Noon sont toujours de mise, avec un peu de verdure proche de la maison, même si nous sommes en ville !

(À demain, 8h30…)

Trois fois clic clac et puis revient (16) Commencer par prendre l’air…

Prendre nos libertés

Prendre note

Prendre peur

Prendre garde

Prendre la fuite

Prendre date

Prendre le temps

Prendre un livre

Prendre soin

Prendre la rue

En attendant, commencer par prendre l’air…

 

Il y avait un jardin – Georges Moustaki

Contribution #14 J’accueille aujourd’hui la photo et le texte adressés par Chantal, après lecture de mon billet de mercredi dernier. Gratitude.

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Cette promenade me fait penser à la petite parenthèse que je fais avec mes élèves, quand je sens qu’ils ne sont momentanément pas disponibles à m’écouter ou à recevoir des enseignements.
Alors je les évade par exemple dans un verger, en leur parlant et en faisant appel à leurs sens, pour qu’ils sentent, voient, touchent, tout au long de la promenade.
Le panier de fruits se remplit au fur et à mesure de leur avancée et je les invite ensuite à rentrer chez eux pour préparer une belle salade de fruits colorée, qu’ils partageront en famille.
La parenthèse les rend plus calme et instaure un climat propice aux apprentissages.
Le cours peut débuter.

(À demain, 8h30…)

Trois fois clic clac et puis revient (15) Ne pas se laisser abattre…

Que voulez-vous, nous étions affamés. De paroles, d’échanges, de discussions autour d’une même table. Au grand air. Longtemps que nous n’y avions goûté. Même pas deux semaines de confinement, et déjà au fond de nous, le sentiment que ça fait des années… À cet isolement forcé qui nous renferme dans nos cases, au fond de nos coquilles, nous avons décidé de tirer la langue. De l’envoyer promener. Alors, C. a fait des crêpes, L. et W. ont apporté le cidre, nous avons invité D. et tous les cinq nous nous sommes régalés. Les choses partagées font du bien. Plus que jamais, ne pas se laisser abattre.

Piece of my heart – Janis Joplin

(À demain, 8h30…)

Trois fois clic clac et puis revient (14) Retour de flamme…

De l’aube claire jusqu’au crépuscule, les heures filent leur laine de silence. Dedans, le feu et son murmure. Comme un retour au monde d’avant. Le feu vit sa vie de feu et ça console un peu du morne automne. Dehors, la ville apprend à se taire. Tant de rideaux baissés. Tant de volets clos. Et ces pas furtifs croisés sur les trottoirs humides où se faufilent des silhouettes masquées. Demain, une aube claire encore, et des heures à espérer un grand retour de flamme.

Concerto pour violoncelle d’Elgar (1er mouvement) – Jacqueline Du Pré (violoncelle) avec l’Orchestre Philharmonique de Londres, dirigé par Daniel Barenboïm

Contribution #12 J’accueille aujourd’hui les photos et les mots de Zoé. Mille mercis.

Sortie de nuit, temps suspendu
Plus personne dans les rues
Je suis seule et il est tard
Je n’entends rien, ne vois personne
Toute la ville s’est teintée de violet
Ma couleur préférée
Je me balade dans les rues
Bercée par Apocalypse de Cigarettes After Sex
Un brin mélancolique
Perdue dans mes pensées
Je passe près de cette vitrine
Des nains colorés me font un doigt d’honneur
Un sourire, une photo et me voilà repartie
Stranger In the Night de Sinatra dans mes oreilles
Je ne suis plus seule dans la ville.

Stranger in the night – Frank Sinatra

(À demain, 8h30…)

Trois fois clic clac et puis revient (13) Rester bien sage…

poupoules

  • Monsieur le coq : – Tu l’as écouté Castex, hier-soir ?
  • Madame la poule : – Euh, non, je couvais tranquille. Mais j’ai entendu Mireille dire à la voisine que rien n’allait changer pour les quinze prochains jours
  • C. – Rien de rien ? Un peu de souplesse ? Un peu de mou ?
  • P. – Non ! Rien de rien. Les règles du confinement ne changeront pas
  • C. – Ah bon ? Et les commerces alors, toujours fermés ?
  • P. – Fermés, oui ! Les librairies, les fleuristes, les esthéticiennes, les coiffeuses, les salles de sport, tout ce qui est soi disant non-essentiel ne redeviendra pas essentiel. Il faudra patienter encore pendant au moins quinze jours avant d’espérer que ça bouge
  • C. – Et les bars et les restos ?
  • P. – Non-essentiels il a dit Castex. Enfin, il a fait comprendre que pour eux, pas d’embellie avant une paie…
  • C. – Et ensuite ?
  • P. – Ensuite, tu veux dire à l’approche de Noël ?
  • C. – Bè voui !
  • P. – Bè là, ça pourrait changer, c’est bien possible. Enfin, si on reste bien sages, bien gentils. Si on remplit bien nos déclarations de sortie, tout ça. On pourra aller dépenser nos sous ailleurs que sur internet. Mais après les fêtes, basta ! L’essentiel redeviendrait non-essentiel
  • C. – Une histoire de fous, non ?
  • P. – Ma foi, oui. Mireille a dit à la voisine que ça n’est pas près de s’arrêter…
  • C. – Ils nous prendraient pas un peu pour des c… ?
  • P. – Un peu beaucoup, oui, ça c’est sûr et certain !

Sûr et certain – Tonton David

Contribution #12 J’accueille aujourd’hui la photo et le texte adressés par Claude. Grand merci.

poulesclaude

On est dans une basse-cour où tout le monde caquette en même temps.
Je ne vois pas l’utilité d’y ajouter mes propres caquètements et de me mettre à hurler avec les poules ! (Tant pis si l’image est osée)
Cela suffit aujourd’hui, on entend tout et n’importe quoi et sur tous les sujets.
Finalement, je préfère le caquètement de mes poules et le cocorico de mes coqs.

Toy – Netta

(À demain, 8h30…)

Trois fois clic clac et puis revient (12) Mourir pour la patrie, ça se discute…

Commencé la journée d’hier en réécoutant la lecture à voix haute par des acteurs de la Comédie Française des extraits de textes de trois écrivains qui vécurent la Grande Guerre : Paul Claudel, Francis Carco et Jean Giono.

Nous ne reviendrons plus vers vous – Comédie Française

Ai réécouté ensuite « L’Anarchœur » le documentaire audio publié par Marie Chartron sur Arte Radio et dédié à la chorale stéphanoise La Barricade.

L’Anarchœur – Marie Chartron

Et puis suis allé me recueillir au monument aux morts de ma commune, avec en tête, le refrain de la Chanson de Craonne. Il me revient comme une rengaine chaque fois que je me remémore la catastrophe absolue que fut la Guerre de 14-18. Cette chanson fut entonnée par les soldats de dizaines de régiments de l’armée française, qui se mutinèrent après l’offensive meurtrière du Chemin des Dames au printemps 1917.

La Chanson de Craonne

Mon livre « Il s’appelait Alphonse Richard, le premier Dignois tué à la Grande Guerre » est publié aux Éditions Parole. C’est le récit imaginé de ce que furent les 14 derniers jours de sa vie. Ce livre peut s’écouter en cliquant sur cette page

(À demain, 8h30…)

 

Trois fois clic clac et puis revient (11) Pour combien de temps ?

Je me faisais la réflexion hier en marchant vers les jardins partagés de la commune pour déposer les déchets verts dans le bac à compost. Pas le moindre coup de feu aux alentours. Pour l’instant, je n’ai vu ni entendu aucun chasseur là où je promène chaque jour pendant mon heure règlementaire. Ou dérogatoire, je ne sais plus trop. Ce silence bienfaisant pourrait ne pas durer puisque pour des raisons d’intérêt général, la chasse est autorisée. Ils ont osé, oui. Depuis leurs bureaux et leurs salons dorés, ils ont osé donner leur feu vert à une heure de détente cygenétique, bref, aux coups de feu sur les sangliers, les cerfs, les chevreuils, les lapins, entre autres gêneurs de l’ordre public…  Honte à eux ! Aux dernières nouvelles, la secrétaire d’État chargée de la biodiversité n’a pas osé interdire la fréquentation des jardins partagés. Un silence inhabituel y règne. Une vraie détente que de s’y balader et d’y contempler les fleurs et légumes. En écoutant les oiseaux. Rêve éveillé. Parenthèse enchantée. Pour combien de temps ?

Le Cygne – (Le Carnaval des animaux), de Camille Saint-Saëns, par Gautier Capuçon (violoncelle), Katia et Marielle Labèque (piano)

Contribution #10 Place aujourd’hui aux photos et aux textes de Christine. Mille mercis.

En cette belle lumière automnale quelle surprise de découvrir tant de beautés, de fleurs et de fruits dans mon jardin. Les jolies roses jaunes de printemps continuent de dévoiler leurs couleurs même en cette saison, juste à côté du fruit d’automne, l’olive. Tant de fruits sur ce petit arbre qui ne donneront pas d’huile mais peut-être quelques olives salées pour l’apéro, partagé entre amis, hélas sur les réseaux sociaux uniquement… en cette triste période de confinement.

(À demain, 8h30)

Trois fois clic clac et puis revient (10) Fragile espérance…

bambous

Muraille de bambous

Remplie d’êtres vivants

Désir de Chine.

bambooo

L’espérance fragile

En nos jours confinés

La vie d’après ?

La course de chevaux – Lang Lang (piano) et Guao Gan (erhu)

Contribution #8 J’accueille aujourd’hui les photos et les haïkus adressés par Noémie. Grand merci.

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Sortie éphémère

Sable, mer et ciel doré

Une éclaircie au loin ?

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Ciel lourd et pesant

Réalité déformée

Seul est le phare.

(À demain, 8h30…)

Merci de continuer à m’adresser vos photos et textes : ericschulthess@mac.com

Trois fois clic clac et puis revient (9) Si et seulement si…

tas

Une question, ce tas, si tu es curieux

Un constat, si tu es lucide

Un regret, si tu vécus non-loin

Un cauchemar, si tu t’attardes

Une collection, si tu retombes en enfance

Un projet, si tes mains sont d’or

Une montagne, si et seulement si tu continues de rêver.

La Marelle (Amarelinha) – Rosemary Standley et Dom La Nena

Contribution #8 J’accueille aujourd’hui les photos et le texte que m’a adressés Anne. Gratitude.

À plus d’un kilomètre, rendre visite à Maryse. Il fait beau, personne sauf une dame qui vit peut-être ici, un arrosoir en main. Au loin, des bruits de travaux. Devant, une corneille. Le monde n’existe plus, surtout pas celui d’après, à plus d’un kilomètre.

(À demain, 8h30)

N’hésitez pas à continuer de m’adresser vos photos et textes : ericschulthess@mac.com

Merci à toutes et tous !

Trois fois clic clac et puis revient (8) Va-nu-pieds…

chaussureslété

Elle est colère la marchande de chaussures tout près de chez moi. Et elle le fait savoir. Tout comme le libraire, la fleuriste, la coiffeuse, entre autres commerçants de proximité non-alimentaires, elle n’a pas le droit de recevoir de clients. Du coup, confinement oblige, on commande sur le pas de la porte et on n’entre – sur la pointe des pieds – que pour passer à la caisse. Déclarés non essentiels, ces commerces sont traités comme des va-nu-pieds par des technocrates parisiens bien au chaud dans leurs Derbies ou leurs Richelieus.

 

Blue Suede shoes – Elvis Presley

Contribution #7 J’accueille aujourd’hui la photo et le texte de Chantal. Mille mercis.

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Quelque peu dérouté notre sanglier !
Il m’a dit, au creux de l’oreille, ne pas comprendre de voir si peu de monde depuis une semaine.  
– Ne t’inquiète pas, lui ai-je répondu, les gens sont confinés pour réfléchir à laisser la nature en paix, te protéger, toi et tes amis animaux, protéger notre mère nature et inventer un nouveau monde meilleur.
– Enfin ils ont compris que c’est leur dernière chance, il m’a répondu …

(À demain, 8h30…)

Trois fois clic clac et puis revient (7) Tu parles…

Lire la suite « Trois fois clic clac et puis revient (7) Tu parles… »

Trois fois clic clac et puis revient (6) Éphémères…

« … J’ai rêvé d’une fleur, qui ne mourrait jamais… J’ai rêvé d’un amour qui durerait toujours… Pourquoi, pourquoi faut-il hélas que sur la Terre… Les amours et les fleurs soient toujours éphémères ?… » Je fredonne souvent cette chanson de Moussu T e lei Jovents – paroles d’Alibert – quand je promène – dans mon rayon d’un kilomètre autour de la maison – en croisant toutes sortes de fleurs dont j’ignore pour la plupart le nom. En fleurs comme en arbres ou en oiseaux, c’est fou ce que je suis inculte… Ce confinement me le fait davantage toucher du doigt.

Éphémères. Je trouve qu’il sonne joli ce mot. Propice à quelques rimes, à quelques jeux de sons, quelques mélis-mélos de sens. De bref passage ici-bas sont les fleurs comme nous autres les humains. Si ne l’étions pas, les garderions-nous longtemps en amour ? Pendant combien de temps nous resterait le goût d’en savourer les charmes ? 

 

Petite fleur – Claude Luter et son orchestre

Contribution #5 Place aujourd’hui aux photos et au texte adressés par Josie. Grand merci.

Si la vue du ciel rouge et bleu vous remplit de joie, si les fleurs des champs ont le pouvoir de vous émouvoir, si les choses simples de la nature ont un message que vous comprenez, réjouissez-vous, la vie est belle !

Continuez à m’adresser vos photos et textes : ericschulthess@mac.com Merci à toutes et tous !

(À demain, 8h30…)

Trois fois clic clac et puis revient (5) Où tout paraît plus beau…

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Pendant ce court instant de pause en altitude, à quoi penses-tu, toi l’ouvrier qui surplombes la ville ? Au vertige que tu maîtrises ? Au travail qu’il te reste à accomplir pour gagner ta journée ? À l’attestation de déplacement dérogatoire oubliée chez toi ce matin avant de partir au boulot ? À tes enfants serrés comme des sardines dans leur salle de classe ? À la bibliothèque rénovée qui bientôt ouvrira sur ce chantier et aux livres que tu viendras y chercher ? Aux arbres que tu domines du regard et qui nous observent en silence depuis des années et des siècles ? Aux montagnes que tu aperçois sans doute, là-bas ? Ces montagnes où il se raconte et se chante que tout paraît plus beau ?

Là-haut – Ryon au Festival No Logo BZH 2019

Contribution #4 J’accueille aujourd’hui la photo et le texte envoyés par Éric. Gratitude.

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Quelque part au-delà de l’arc-en-ciel

Bien plus haut

Et les rêves dont tu as rêvés

Un jour dans une berceuse

Quelque part au-delà de l’arc-en-ciel

Les oiseaux bleus volent

Et les rêves dont tu as rêvés

Ces rêves se réalisent

Un jour je ferai un souhait en regardant une étoile

Me réveillerai là où les nuages sont loin derrière moi

Où les ennuis fondent comme des gouttes de citron

Haut au-dessus des cheminées, c’est là que tu me trouveras

Quelque part au-delà de l’arc-en-ciel les oiseaux bleus volent

Et le rêve que tu oses faire, pourquoi, oh pourquoi pas moi ?

Oui, je vois les arbres verts

Et les roses rouges aussi

Je les verrai pousser pour toi et moi

Et je me dis en moi-même

Quel monde merveilleux !

(À demain, 8h30…)

Trois fois clic clac et puis revient (4) Après la pluie

Les sons de la ville après la pluie. Juste le craquement des feuilles sous nos pas. Parfois une voiture ou deux, à petite allure, comme en accord avec le rythme lent imposé par le confinement. Quelques voix d’enfants en chemin pour l’école. Là-haut, le ciel libéré. Plus de grondement d’avion. Cachés et accrochés aux arbres, quelques oiseaux frileux. Sinon, un silence sourd où viennent se nicher nos mots empreints de colère et de tristesse. De retour à la maison, tenter d’imaginer à quoi ressemblait le beau temps, jadis, puis  réécouter Dylan et guetter « la terrible averse qui se prépare ». Espérons qu’elle ne nous arrive pas d’Amérique…

Bob Dylan –  A Hard Rain’s A Gonna Fall

Contribution #3 J’accueille aujourd’hui la photo et le texte adressés par Dominique. Gratitude.

photodeDHasselmann

En plongée

Les feuilles sont tombées de haut et sans « Attestation dérogatoire de déplacement ».
Leur venue dans l’avenue ressemble aux traces laissées sur le sable par les pas des passants désunis.
Le bitume luit, déconfit.
Ce soir, personne à applaudir depuis mon balcon : le virus impose un silence nouveau.

Merci de continuer à m’envoyer vos contributions à : ericschulthess@mac.com

(À demain, 8h30…)

Trois fois clic clac et puis revient (3) Des oiseaux et des yeux

Les voilà de retour, les grues cendrées. Déjà. En provenance d’Allemagne et en route vers le soleil d’Espagne. Messagères de jours plus froids, d’un hiver précoce ? Ça ne serait pas de refus un bon vrai hiver glacé avec du blanc en flocons partout sur les arbres et les maisons. Un hiver de sapins empesés de neige, de buée sur les lunettes et de goutte au nez. Un hiver qui nourrisse la terre et lui fasse oublier la lourde cagna de ces derniers mois. Les grues cendrées, elles n’aiment pas ça lorsque le thermomètre baisse. Alors, elles s’escapent et s’évadent vers le chaud. Ces jours-ci, plusieurs escadrilles ont tournoyé au-dessus de nos têtes mais elles ne se sont pas éternisées. Cap au sud. M’ont laissé à peine le temps de quelques clic clac. Juste assez pour un autre petit plaisir : enregistrer leur chant de grandes voyageuses.

Contribution #2 J’accueille aujourd’hui les photos et la poésie adressées par Mimi, que je remercie.

Bleu…comme le bleu de tes yeux
Sous le voile épais du passé 
Se dévoile un ciel de sincérité
Traversé par un rayon de soleil merveilleux 
Au beau milieu d’un ciel bleu….
Bleu… comme le bleu de ces yeux…

Regard emplit d’une douce lueur
Qu’une simple étincelle éclaire ce cœur…
Toujours en demande de paix intérieure
Pour pouvoir en donner le meilleur…

Comment rester insensible…
Devant cette peine irrépressible
Quand… dans cet océan si bleu…
Une vague de douleur inonde ce bleu…
Bleu… comme le bleu de ces yeux…

Avec douceur et amitié…
Le temps effacera cette douleur incrustée 
Et le bonheur inondera cet océan si bleu…
Bleu… comme le bleu de ses yeux….

Barbara Libessart

(À demain, 8h30…)

Trois fois clic clac et puis revient (2) Bénédiction et apparition

 

 

 

 

Fleurir la mémoire de nos disparus et croiser soudain un prêtre, goupillon et petit seau d’eau bénite en mains, affairé à bénir les tombes et à prier pour les morts avec les vivants. Scène inédite pour moi, ma foi. Qu’en ont-ils pensé, mes défunts, de ce service sur mesure ? Je me le suis demandé en rentrant à la maison. Mémé Zoé, très catholique, a dû apprécier. Pépé Paul, protestant non-pratiquant, a probablement regardé ailleurs. Maman, qui perdit la foi à la trentaine, a sans doute haussé les épaules sans un mot. Papa, athée mais passionné de religions, a préféré j’en suis sûr, la Sarabande de Bach que je lui ait fait écouter au pied du Jardin du souvenir.

Contribution #1 J’accueille aujourd’hui la photo et le texte que m’ont adressés Claude et Dany. « Une apparition« . Grand merci.

Nous étions tranquillement confinés à la maison, quand tout à coup, est arrivée une famille bizarre. Ou tout du moins dans un accoutrement particulièrement bizarre. Nous avons eu peur. Mais vite après nous avons sorti l’apéro, et tout est rentré dans l’ordre.
La vie est drôlement faite : finalement la Covid 19, ce n’est pas le plus effrayant…
Il y a aussi la fête d’Halloween ! Restez chez vous ! Fermez la porte à double tour !

Photo et texte @Claude&Dany

Merci de continuer à m’adresser vos contributions sur ericschulthess@mac.com

(À demain 8h30…)

Trois fois clic clac et puis revient (1) Un oloé

Nous revoilà donc coupés les uns des autres. Pour un mois au moins. À nouveau confinés. Chacun chez soi et la peur du virus pour tous. Au printemps dernier, vous vous souvenez que notre désir de maintenir le lien entre nous s’était raconté en musique. Ensemble, nous avions fait vivre ici au quotidien « Trois petits tours et puis revient ». Nous avions partagé chaque matin des airs et des chansons. À distance mais ensemble, nous les avions découverts et fredonnés. Ce feuilleton sonore fut souvent joyeux. Mélancolique parfois. Poétique et émouvant aussi. Nous nous étions sentis moins seuls au fond de nos confinements. Je nous propose aujourd’hui de prolonger ce chemin commun non plus en sons mais en images et en mots. « Trois fois clic clac et puis revient », ça pourrait s’appeler.

Chaque jour, nous pourrions photographier ce qui nous entoure lors de notre « déplacement bref, dans un rayon maximal d’un kilomètre autour de notre domicile… » Nous pourrions partager ici une, deux ou trois de nos photos, accompagnée(s) d’une légende ou d’un poème, de quelques lignes de notre choix, histoire de faire découvrir aux autres le tout proche environnement de notre lieu de vie confinée et ce qu’il nous inspire.

Je vous propose d’accueillir vos photos et vos textes sur ma boîte mail ( ericschulthess@mac.com) et de les publier ici chaque jour à 8H30.

Allez, en ce premier jour de novembre, j’ouvre la voie de ce deuxième feuilleton et vous espère au rendez-vous demain et chaque jour, aussi longtemps qu’il nous faudra patienter avant de pouvoir à nouveau nous revoir en vrai et nous serrer dans les bras.

Marcher sous le soleil d’octobre. Oublier un instant toute contrainte. Faire fi de ma colère. Respirer profondément. Sourire à l’automne encore tiède et à cet oloé couleur ciel. Une heure, c’est bien court pour se poser ici. Manquerait du temps pour bouger les gambettes. Se promettre de revenir en savourer la quiétude, livre en main, dès que possible. Et pourquoi pas y  faire sonner mon violoncelle un de ces quatre matins…

Photo du haut @ZoéSchulthess

(À demain 8h30…)

Oh Marseille ! Enfin libérée, ne perds pas la mémoire !

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Marseille libérée, oui, après avoir été si longtemps martyrisée. Michèle Rubirola est devenue hier la première femme maire de notre ville d’amour. Alleluia ! La chute du monstre, tweetait Philippe Pujol dimanche dernier pour saluer la victoire de la gauche unie, incarnée par le Printemps Marseillais. À terre, les héritiers du vieux système gaudiniste.
Oui, conformément au choix de ses électeurs, la deuxième ville de France va enfin pouvoir commencer à changer d’ère, à s’offrir de l’air, étouffée, enkystée, emboucanée qu’elle fut depuis au moins vingt cinq ans par le clientélisme et la soumission du pouvoir municipal aux magnats du BTP et de l’immobilier.
Pour donner concrètement à Marseille le nouveau visage et le nouveau souffle auxquels aspire le peuple marseillais, il ne faudra à la nouvelle équipe ni négliger les plus délaissés de ses habitants, ceux des quartiers populaires, ni perdre la mémoire. Surtout ne pas oublier la tragédie de la Rue d’Aubagne et les huit personnes mortes dans l’effondrement de deux immeubles où ils vivaient, dans le quartier de Noailles : elles et ils se prénommaient Niassé, Julien, Simona, Ouloume, Marie-Emmanuelle, Chérif, Fabien et Taher. Le succès de Michèle Rubirola ne les ramènera hélas pas à la vie mais pourvu qu’il permette de leur rendre justice. Sans tarder. Ce n’est qu’à ce prix que la victoire historique du Printemps Marseillais sera aussi leur victoire et permettra d’enterrer définitivement le monstre.

Ma Ville Réveille-toi – Massilia Sound System

 

Farandola dei Bàris – Lo Cor de la Plana

Que la récolte soit belle !

récolte

Butinez
Goûtez
Plongez
Humez
Partagez
Souriez
Tremblez
Donnez
Apprenez
Rêvez
Osez
Jouez
Paressez
Grimpez
Dansez
Caressez
Dégustez
Lisez
Chantez
Écoutez
Partez
Voyagez
Lambinez
Étonnez
Pédalez
Campez
Traversez
Aidez
Écrivez
Aimez
Jouissez !

zzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz

Passez un bel été !

 

Gigue de la Suite 3 pour violoncelle seul de Jean-Sébastien Bach, par Ophélie Gaillard

Ema, en mode impromptu

ema

Avant de m’en aller vers quelque jachère estivale, écrire ma profonde reconnaissance à Ema.
Une année que cette musicienne accepta, par la grâce d’une rencontre inattendue, de me guider vers la découverte du violoncelle.
Vers l’accomplissement d’un rêve de jeunesse.
Elle arriva un beau matin avec son Mirecourt, me le tendit puis l’installa contre moi.
Ensuite, elle plaça l’archet au creux de ma main et me laissa commencer à tenter de faire vibrer les cordes.
Une à une.
De la plus grave à la plus aigüe.
Elles sonnèrent un petit peu.
Jusque dans ma poitrine et dans mon ventre.
Ema sourit avec douceur.
Je fus bouleversé de cette confiance et de ce partage impromptu.
Cette émotion reste et restera gravée en moi.
Depuis cette petite heure de rêve, le violoncelle m’accompagne chaque jour.
Gratitude immense à Ema pour ce si beau cadeau de la vie.

 

Impromptu – Franz Schubert (indulgence requise…)

 

Orage et un espoir

éclair

 

Comme l’autre jour avec les hirondelles, il m’a fallu être très patient pour réussir à capter l’un des éclairs qui ont zébré le ciel de la ville. Cette photo a nourri en moi l’espoir de gros orages. Pas de ceux qui tuent mais de ceux qui me laissent tremblant derrière la vitre, en me souvenant des délicieux coups de tabac d’autrefois, l’été à la campagne, lorsque la maison vibrait et avec elle toute la rue, tout le village.

 

Marseillais, Stop ou encore ?

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En ce dimanche d’élections municipales, j’écoute le Printemps de Vivaldi en pensant à Marseille, ma ville d’amour, et je me demande : Stop ou encore ? Les immeubles qui s’écroulent et qui tuent, Stop ou encore ? Les milliers de logements indignes, Stop ou encore ? Les élus marchands de sommeil, Stop ou encore ? Les écoles délabrées, Stop ou encore ? Les piscines en ruine, Stop ou encore ? La misère endémique, Stop ou encore ? Les quartiers populaires abandonnés, Stop ou encore ? Les rues privatisées, Stop ou encore ? Les transports en commun négligés, Stop ou encore ? Les pistes cyclables galvaudées, Stop ou encore ? La saleté et la pollution à gogo, Stop ou encore ? Les bibliothèques fermées, Stop ou encore ? La ségrégation sociale entretenue, Stop ou encore ? La bétonisation à outrance, Stop ou encore ? L’arrogance et le déni, Stop ou encore ? Marseille maltraitée, Stop ou encore ? Je réponds Stop ! Mille fois Stop ! Et je conjure les Marseillais d’aller en masse jusqu’aux urnes pour dire Stop ! Basta ! Pour qu’ils choisissent de tourner une bonne fois pour toutes la page sur un quart de siècle de désastre entretenu à petit feu. Pour qu’ils décident de faire prendre à leur ville, notre ville, le virage vers une vie plus douce, un quotidien plus apaisé, un futur plus serein, à échelle humaine, dans une cité plus durable et plus égalitaire. Le choix me semble limpide. C’est le choix de la dignité. Il est urgent de dire Stop à tous les chapacans, Stop au naufrage en cours et de pousser bien fort dans les urnes le son du Printemps de Vivaldi, pour accompagner jusqu’au Vieux-Port le Printemps Marseillais.

 

Le Printemps, Antonio Vivaldi – version pour trois violoncelles, signée Mau Castillo

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Illustration : Marseille, par @Félix Vallotton

Prolonger le délice jusqu’à la mer

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De chacune de ses balades, Nicolas Esse donne à voir une photo, postée sur Twitter, avec deux seuls petits mots pour accompagner : à vélo. Aussitôt, me voilà en Suisse à ses côtés. Il y a souvent un lac, des coteaux, des champs de blé, des mélèzes, des collines et des montagnes avec encore de la neige au sommet. Nous sommes en terrain de beauté. Paisible. Nous montons et descendons. J’imagine l’effort et le plaisir. C’est délicieux. Il y a une dizaine de jours, je trouve ce texte sur son site : Le Tour de rien : Jusqu’à la mer. Tiens tiens, je me dis ! Il est allé jusqu’à la mer ! Pour prolonger le délice, le lire à voix haute.

Le Tour de rien : Jusqu’à la mer

 

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Photos @NicolasEsse

Ousmane, es-tu toujours dans la lutte ?

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Qu’est donc devenu Ousmane Dieng ? Je l’avais rencontré au Sénégal il y a quelques années. C’était à Mbour, le port où il avait commencé à travailler comme marin-pêcheur à l’âge de 9 ans. Quelques années plus tard, Ousmane avait quitté sa pirogue pour tenter l’aventure de la lutte professionnelle. Dans l’arène. Pour les trophées et les liasses de francs CFA. Grâce à la lutte sénégalaise, Ousmane, alias Michael Jordan, était devenu un homme respecté de tous dans sa ville. Au fil du temps, les sponsors et les combats s’étaient fait rares. Ousmane avait continué malgré tout à encadrer les jeunes lutteurs. Je ne sais aujourd’hui s’il a continué à leur transmettre sa passion ou s’il est retourné gagner sa vie en mer. J’aimerais beaucoup avoir de ses nouvelles.

En estive et Reclus

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Parfois, c’est vers les chemins de montagne que j’aimerais filer. Je prendrais mon bâton et accompagnerais les vaches et leurs pâtres en estive. Lorsque après des semaines il leur faudrait redescendre, j’écouterais leurs sonnailles s’échapper vers la vallée. Je resterais là-haut et grimperais jusqu’à la trace des glaciers évanouis, ces territoires disparus si joliment racontés par Élisée Reclus.

 

Le Glacier – Élisée Reclus (Histoire d’une montagne – 1875)

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Le silence et je reste coi

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Les mots pour le dire

« L’été venu, lorsque la nuit me happe et m’enveloppe de ses échos, je monte parfois dans mon carrosse de mémoire et je convoque les grenouilles qui saluent derrière le portail rouillé. Je rejoins leurs débats et leurs ébats. Je me demande si leurs têtards sont de la fête. Immergé à leurs côtés, je deviens algue, amibe, racine de roseau, nénuphar. Remonté à la surface, je flotte parmi les graines échappées des fleurs. Je dérive dans l’onde des poissons rouges. Je frôle les herbes courbées sur mon passage. Je m’abreuve de pollen égaré. Je respire le peu de fraîcheur qui s’attarde. Je tremble lorsque se pointe la lune. Je sais qu’elle éclaire encore ce pauvre monde où explosent les thermomètres, où meurent les glaciers, où s’amasse la misère, où s’éternise la violence, où se délabre la justice, où s’effrite l’espérance. Soudain, les grenouilles se taisent. J’écoute le silence et je reste coi. »

 

1er mouvement du Concerto pour violoncelle en mi mineur d’Edward Elgar, par Jacqueline Du Pré et le Philarmonique de Londres, dirigé par Daniel Barenboim.

 

 

Des étés Camembert, mémoire démoulée

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Aube

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Les mots pour le dire

« Déjà, la première de couverture. Avec cette jeune fille vintage et les animaux de la ferme qui avancent dans l’autre sens. Elle et eux enfermés dans le rond parfait d’une de ces boîtes tellement familières pour peu que nous ayons tété au biberon fromager. Elle m’a tapé dans l’œil, cette couverture, avec le petit bonhomme ombré tout en dessous. Comme une silhouette évocatrice de ce que Daniel Bourrion, l’auteur du livre, a retenu, j’imagine, de ce temps où il s’immergea dans la vie active. Oui, qu’est-ce qu’on se sent petit lorsque pour la première fois l’on sort du cocon-carcan familial pour se plonger dans la vague immense et effrayante et excitante du monde du travail. La couverture donc, signée Roxane Leconte, et puis le texte, nerveux, au tempo soutenu qui s’emballe et puis se pose, aux phrases rythmées de ces virgules en guise de point, mais non, les mots repartent et tournoient, de la maison à l’usine, de l’entrée au vestiaire, jusqu’à la chaîne de production. Parfois, reprendre son souffle car on se prend à souffrir avec le jeune saisonnier, le jeune travailleur de ces étés Camembert où s’apprend la vie qui n’est pas que dans les livres mais qui, pour le coup, s’y niche avec tout autant de distance que d’affection, tout autant de souffrance que de plaisir. L’ai dégusté, ce livre. Il m’a rappelé mes journées de manutentionnaire à trimballer sans savoir pourquoi des vannes en fonte d’un entrepôt à un autre, puis d’un entrepôt à un autre entrepôt. Cinq jours sur sept. Il a résonné jusque dans le passé de mon Pépé aux cent métiers, manœuvre, métayer, ouvrier agricole… mon grand-père exploité parmi les exploités. Sûr que ce livre, si joliment illustré page après page par Roxane Lecomte – on va résumer son travail à elle par les six lettres du mot talent -, lui aurait bigrement parlé, à mon Pépé. »

Des étés Camembert est publié chez Publie.net, dans la collection Temps réel

 

Ville de lumière – Gold

Roméo cadeau

Avec Roméo

Quel jour de lumière –
merveilleuse rencontre,
Roméo cadeau.

 

Capriccio 1 de Alfredo Piatti – Carol Tsai

Un petit Prrri réussi

Hirondelle1

 

On a souvent besoin d’un plus petit que soi… La tête vers le ciel, je me délecte toujours du ballet furtif des hirondelles. Il me remplit de joie. Surtout en ce moment. Elles sont plus nombreuses que les années passées. Vestige provisoire du temps du confinement ? Les enregistrer, ces demoiselles, pas compliqué. J’aimerais n’entendre qu’elles mais pas trop le choix. J’ai pris mon parti de capter aussi les divers sons de ma rue. Les travaux, la circulation, les passants, les autres oiseaux. Réécouter ensuite et repérer leurs fugaces Prrri Prrri Priii. Les photographier, c’est plus difficile. Hier, j’ai installé mon poste de guet sous une fenêtre et attendu l’instant, le cou un peu crispé à force. Failli me faire un torticolis. Désirais saisir la petite seconde de l’hirondelle. Son surgissement contre le nid lorsqu’elle déboule du haut du ciel pour nourrir ses jeunes. D’abord, je n’ai pas réagi assez vite. Hop, hop. Prrri Prrri Prrri. Présente au monde plus vite que son ombre la pitchounette. En à peine une seconde, la voilà qui était repartie. Prrri Prrii Prrri. Je déclenchais. En rafales. Mais sur les photos, rien de plus que la fenêtre, la corniche aux nids de boue brune et le ciel. Le temps de me moquer de mes réflexes très élastiques, je me suis souvenu que patience et longueur de temps… Quelques bonnes poignées de minutes plus tard, clic clac, j’avais réussi mon petit Prrri.

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Allegro du Concerto pour 2 violoncelles en sol mineur RV. 531 d’Antonio Vivaldi, par Ophélie Gaillard et l’Orchestre Pulcinella

Plus anonyme tu meurs

CielG

 

Les mots pour le dire

« Tu sais, plus anonyme on ne fait pas. Des journées, des mois, des années par dizaines que tu existes et pourtant tu n’es plus là. De ton éphémère passage ici bas, point de photo, point de murmure, point de souffle, point de sourire. Juste l’ondulation tremblée de ta peau d’ange et de tes cheveux clairs au creux de mon sang. Je n’oublie ni tes yeux éplorés ni le poids de nos larmes sèches. Je te sais depuis toujours tapi au cœur des écorces, bercé à fleur d’écume, dissous à flots de torrents, envolé à cris d’oiseaux, blotti parmi les cendres ou réfugié au cœur des nuages. Je t’y rejoindrai en silence lorsque sonnera l’heure. Plus anonyme tu meurs. »

 

 

Melody – Sheku Kanneh-Manson

Des Oloés, comme une friandise

DesOloés

 

mi-temps : où lire où ne pas écrire

d’irlande

 

Les mots pour le dire

« Alors, ce livre ? Des Oloés. Dis-moi un peu ! Ah, ce livre, ça te fait au début comme le paquet de bonbons Batna lorsque tu étais au cinéma et que tu attendais le film. Tu commençais par un, puis deux, puis trois, allez, un petit dernier et promis j’arrête, mais tu ne pouvais pas. Et tu continuais. Ad libitum. Les oloés racontés par Anne Savelli, ils m’ont fait tout pareil. Illico. À tel point que je me suis forcé assez vite de ralentir le rythme et de m’en réserver un pour chaque jour. Sinon, ma gourmandise de lecture m’aurait joué un mauvais tour. Aurait épuisé mon désir. Car ces oloés se dégustent, figure-toi. Oui. Comme une friandise. Ils s’observent. Se hument. Se caressent. Se questionnent. Il se relisent aussi in extenso, en quête d’une saveur nouvelle, d’une  nuance peut-être négligée au premier jet. C’est touchant et singulier cette façon d’être à l’affût de soi-même tout autant que du lieu d’où s’énonce l’histoire, à chaque fois. Comme un regard et une écoute en parallèle de soi. Une écriture en éveil, toujours. Sans repos ? Une attention extrême au décor, aux sons, aux objets, aux inconnus, aux souvenirs, à ce qui survient et qui accompagne lecture ou écriture. Qui en détourne et fait y revenir. Un regard inédit, je trouve, sur tout ce qui nous lie autour des mots écrits, et à écrire. Puis à relire et à partager à voix haute. »

Ce qui me séduit aussi dans cet ouvrage, c’est la proposition d’écriture qui accompagne presque chaque oloé. Pour accompagner le texte lu à voix haute, Anne Savelli suggère de faire le portrait d’un homme ou d’une femme qu’on croise régulièrement dans le même lieu, à qui on ne parle jamais, dont on ne sait rien d’autre que ce qu’on en devine, mais dont l’absence, si elle survenait, nous inquièterait. Tenté ? Assurément. Et toi ?
Tu auras compris que ce livre, je ne l’ai pas encore terminé. Vais prendre le temps de découvrir d’autres bonbons et notamment les oloés de quelques écrivain.e.s invité.e.s. à participer.

Onze à la douzaine

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Les mots pour le dire

« J’ai entendu onze coups. Onze. Plus qu’un seul et c’en sera fini de ce jour. Onze fois résonnent. Onze. En toi tu le prononces ce mot. Onze. C’est un son grave qu’il produit. Onze. Il y a aussi ce ze qui est joli. Si tu le répètes en accélérant tu te crois auprès d’une cigale. Si tu espaces le tempo tu aperçois une petite scie. Si tu la dis continuo cette petite syllabe, tu revois l’écriture du sommeil dans les bulles d’un BD. Ze c’est aussi ainsi que les tout jeunes enfants se nomment quand ils parlent d’eux-mêmes. Les grands disent défaut de langue. Les grands passent à côté du charme parfois. Les grands ne jouent plus souvent avec le je. Onze. Onze. Onze coups de cloche au-dessus de la ville. Plus qu’un seul et c’en sera fini de ce jour à la douzaine. »

Honte, colère, compassion et poésie

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L’Afrique m’accompagne souvent ces temps-ci. Avec ses calvaires essaimés à longueur de siècles, je navigue à ses côtés depuis les rivages de Gorée jusqu’aux ports esclavagistes, vers les sinistres rivages de l’homme blanc. Série en cours. Insupportable. J’ai suivi par séquences les marches pour la justice. En Amérique et dans notre vieille Europe. George Floyd, Adama Traoré, et tant d’autres… Je n’oublie pas Zineb Redouane. J’ai regardé par bribes – en me forçant beaucoup parce que la télé et la radio filmée, c’est de plus en plus insupportable – ces débats autour du racisme et de ses ravages, entre autres au sein de la police. J’ai observé le visage de Rokhaya Diallo, oh combien digne et patiente et lumineuse face à la face grise de ses contradicteurs, ceux qui éditorialisent faute d’aller sur le terrain et qui ne disent pas qu’ils le sont, racistes. Ils ne peuvent pas, ils n’osent pas, mais ils baissent les yeux, ils s’empêtrent dans leurs tirades empreintes de mauvaise foi, en niant ce qui pourtant est patent : dans notre douce France, devant notre police ou dans un bureau d’embauche, mieux vaut afficher du blanc sur le visage que du noir ou du beige ou du jaune. Depuis l’enfance, jamais ouvert la porte à une once de ce que recouvre ce mot, racisme, sa laideur, son insupportable faciès. Mes parents m’ont appris la beauté de toutes les teintes de peau de nous autres humains. Que chacune se vaut et se respecte. Que le même sang tout rouge coule dedans nos veines. Qu’il n’existe qu’une seule race, la race humaine. L’ai transmise à mes enfants, cette exigence de vérité. De mes parents je tiens aussi la conscience de ce que fut l’esclavagisme et le colonialisme. De ce qui continue à nous empoisonner la vie. Des énièmes injustices qui viennent rebondir de colère dans les rues d’Amérique comme de chez nous, et qui nourrissent les cortèges d’aujourd’hui, je perçois toute la violence infligée aux victimes et à leurs familles qui réclament justice et la fin de l’impunité. C’est une vive douleur. Il me faut alors dire ma honte d’homme blanc, ma colère et ma compassion. * Marcher avec elles et avec eux par la pensée et repartir vers le continent noir, vers le Sénégal aimé, puis vers le Cameroun où écrit Serge Marcel Roche. Là-bas, je me plonge à nouveau dans les couleurs de sa poésie mélancolique. Je file à Yaoundé retrouver Éros Sambóko et lui parler à voix haute à travers les mots de son créateur. Des mots de fraternité.

 

Les mots pour le dire

« L’ampoule à blanc est le soleil d’une géographie du sang, bien que l’on voit à peine les rivières bleues d’opale courir sous la peau des cuisses. Je regarde au plafond les taches qui sont des îles. Le matin, lui, s’allonge contre moi, pas l’autre et ses abois de chiens, un qui sait unir la fraîcheur du citron et l’odeur des aisselles. Le tronc violet du bougainvillée, ses ramures pépiantes, avec les spasmes d’un sommeil léger. Donc aussi contre lui je pense que ce qui je est en ailleurs de la toute-puissance du monde. J’entends son bruit, jusque dans l’ordinaire des voix, la sale rumeur de l’ordre, mais je ne suis pas là. Les taches qui sont des Îles. Serge Marcel Roche. »

*Pour prolonger, regards croisés d’Angela Davis et d’Assa Traoré, dans la belle revue Ballast.

Photo @SergeMarcelRoche

Parfois la paix (Haikus de peu)

peupliers

Peupliers peuplés de pies –
parfois passe le ponant,
parfois la paix

Pauvres pioupious de passage –
parfois perce la pluie,
parfois la paix

Par dessus nos pauvres plis –
parfois pousse la plaie,
parfois la paix.

Cabinets et pauvreté – La peau et les os (Lecture à voix haute)

lapeauetlesos

Les cabinets

Un coup de poing, oui. En pleine face. En plein cœur. Sonné suis resté tout au long de la lecture de ce livre de Georges Hyvernaud, La peau et les os. Écrire sur la guerre, l’enfermement, la condition de prisonnier. Mettre des mots sur ce qui reste d’humain lorsque tout ce qui fait dénominateur commun s’est dissous dans l’horrible grammaire des jours de peur, de survie, de puanteur, de merde et de mort. Magistrale. Si puissante. Limite insoutenable, l’écriture de Georges Hyvernaud. Ne le connaissais pas avant de découvrir cet article sur la revue en ligne Diacritik. Jean-Pierre Cescosse l’entamait ainsi : « Ce serait bien que tout le monde se mette à lire Georges Hyvernaud. Puis se taise un petit bout de temps. »
D’Hyvernaud, après La peau et les os, j’ai entamé la lecture de Le wagon à vaches. Bientôt, mon libraire me préviendra qu’il a reçu les deux autres qu’ai commandés. D’ici là, me taire un petit bout de temps ? Juste un tout petit bout, alors.

La pauvreté

 

En un coup d’archet au pont Eiffel

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Il pleut fort sur les toits. Rester dedans à s’emplir de violoncelle baroque au cœur d’une église. Se demander si tu oseras un jour y jouer toi aussi. Et dans combien d’années. Laisser le rêve s’installer et puis t’évader en un coup d’archet vers le vénérable pont Eiffel. Réentendre des voix au soleil du dimanche, accrochées à sa robe rouille et noire offerte au gave d’Oloron. Imaginer les trains passer ici autrefois. La vue sur l’eau depuis la fenêtre. Se souvenir que le chemin de fer n’est presque plus que mémoire ici bas. À présent, les jeunes se donnent rendez-vous au pont dès qu’arrivent les beaux jours. Enthousiastes et courageux, ils s’élancent vers le courant depuis l’ouvrage vieux de cent trente-six ans. Il y a de la hauteur à cet endroit. Guetter les sourires et le zeste de peur qui se faufile en douceur sur les visages. Lui tirer la langue et la conjurer en criant jusqu’au plouf final.

 

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Toccata V pour violoncelle seul – Francesco Paolo Supriano, par Guillermo Turina

Encensons ce jour nouveau

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Sortons. Partons. Frissonnons. Pédalons. Humons. Écoutons. Contemplons. Posons-nous. Cillons. Glanons. Taisons-nous. Respirons. Imprégnons-nous. Goûtons. Imaginons. Tremblons. Souvenons-nous. Prions. Rêvons. Avançons. Encensons ce jour nouveau.

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Domenico Gabrielli – Ricercar No. 6 – Elisabeth Reed

Si tu rêves de silence…

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Si tu entends la mer au-delà, franchis la frontière. Si tu oublies son parfum, recrée-le. Si tu crois qu’elle n’existe plus, invente-la. Si tu te souviens des obstacles, avance. Si tu sais le chemin, ne fais pas demi-tour. Si tu n’y parviens pas, regarde plus haut. Si tu remercies le ciel, n’oublie pas la terre. Si tu as peur du vide, écoute les oiseaux. Si tu désires la paix, accueille la. Si tu rêves de silence, offre le.

 

Le chant des oiseaux – Camille Thomas

Une douce renaissance

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Les mots pour le dire

« Elle était restée muette depuis que Maman s’en était allée vers l’autre monde. Plus de cinq années remisée sur une étagère au fond d’un placard. Rien que du silence autour de son corps tout blanc. Plus de mains pour le saisir. Plus de doigts pour lancer l’ouvrage. Plus un souffle. Plus un mot. Inanimée, la machine. Et puis Mathilde est arrivée avec un désir de coudre doux comme un baiser offert aux fils du passé. La machine l’attendait. Les bobines de fil aussi. Par dizaines. Multicolores. Rangées avec soin par les mains expertes de Maman couturière. Soudain, le silence s’est rompu. Dame machine s’est remise à parler, à chanter, à créer. Une douce renaissance. Une caresse joyeuse lancée sur les flots du présent. »

 

Oh Happy Day- Aretha Franklin

 

 

Toujours à fleur de peau

peau

C’est parti hier-matin au petit déjeuner, avec ce qui ressemblait à un jeu d’écriture. Une invitation sur Twitter à raconter sa propre peau. En ajoutant le mot-clic #infraperec Clin d’œil-hommage à Georges Perec, auteur de L’infra-ordinaire et qui écrivait ceci à propos de son livre : « Les journaux parlent de tout, sauf du journalier. Les journaux m’ennuient, ils ne m’apprennent rien. […] Ce qui se passe vraiment, ce que nous vivons, le reste, tout le reste, où est-il ? Ce qui se passe chaque jour et qui revient chaque jour, le banal, le quotidien, l’évident, le commun, l’ordinaire, le bruit de fond, l’habituel, comment en rendre compte, comment l’interroger, comment le décrire ? […] »

Gorgées de thé. Petite fraîcheur dans la salle à manger. De ma peau, ne voyais que celle de mes mains et de mes avant-bras. L’ai interrogée. – Vas-y, elle m’a répondu. Raconte-moi ! Alors j’ai écrit ceci : Ma peau se sent bien dans sa peau. Hâlée aux gambettes et aux bras, plus claire ailleurs, elle est un recueil de mémoire et d’enchantements, aux avant-bras; à l’encre de Chine. Ailleurs, ma peau est frileuse et commence à se distendre, à frisoter. Le souffle des ans.

La journée a avancé et m’est venu le désir d’écrire la liste des phrases qui viennent, comme ça, à partir et autour des quatre lettres de peau. En imaginer d’autres aussi. Histoire de poursuivre le jeu. Avec comme seule « contrainte » utiliser ces quatre lettres p. e. a. u. Et pourquoi pas y ajouter le x pour quelques pluriels.

 

Les mots pour le dire

« J’aime écrire des peauaimes. Les peaux mortes vivent longtemps. Nous chantions Armstrong je ne suis pas noir, je suis blanc de peau. De toutes façons, lui, il est toujours à fleur de peau. Notre professeur d’histoire nous raconta l’extermination des Peaux Rouges. Dans la cour de l’école, nous disions il a la peau lisse au cul et nous rigolions. Arrête un peu avec tes blagues de peau tâche. Je me souviens de mes pantalons en peau de pêche. Touche pas à mon peaute ! Raciste, la peaulice ? C’est plus que peaux cibles. Impeaurtant de ne pas l’oublier. À l’impeaussible nul n’est tenu. J’ai déniché le peau aux roses. Au pied de la maison il y a plein de peaux de fleurs. Mémé collectionnait les peaux de nianiourt. Elle faisait de la soupe de peautiron. Y trempions du pain d’épeautre. Peau d’âne, un livre lu il y a si longtemps. Les oiseaux qui ont du peau échappent aux à peaux. Ce qui les posent sont des peauvres types. Dis-moi, il est long, le fleuve Peautomaque ? Et le Peau, son copain italien ? Boycottons Zemmour, Onfray, Buisson, Brunet, ces insuppeaurtables impeausteurs. Sipouplé si tié pas joli reste peauli. Ah oui, je fus quelques années durant exonéré d’impeaux. Le mot apeaustasie n’est pas joli joli. Saurais-tu nommer les douze apeautres ? Mon ami Pierrot, ouvre-moi la peaurte. Au Stade, nous aimons chanter peau peau lo peau peau peau peau ! Parfois, nous chantons Beth cèu de Peau. Toujours le rythme dans la peau. J’aimerais bien un jour aller au Peaurtugal. La galinette m’a peausé un lapin. Peauvre de moi, synonyme de peuchère. Quelle épeauque épique ! Tu y crois, toi, à la peaussibilité d’un Paradis. Peaurque no ? »

Laisse passer la paix

blés

Frontière de lumière. Ouvre-la. Ne laisse pas l’issue absente. Caresse l’or offert. Conserve en ta mémoire la fragilité de la semence. Mesure le temps nécessaire à la pousse. Bénis la sueur. Chéris le fruit. Contemple l’œuvre. Bannis le saccage. Frontière de lumière, laisse passer la paix.

 

Hallelujah – Sheku Kanneh-Mason – Leonard Cohen

 

Un orage porte-bonheur

DesOloésLeLivre

Ce fut un orage majuscule. Hier, à peine sorti de chez le libraire, avec en main Des Oloés, le livre d’Anne Savelli tant attendu, gros grains, éclairs et tonnerre m’ont cueilli et accompagné jusqu’à la maison. Il s’est un petit peu trempé, l’ouvrage. L’ai protégé en vitesse du tissu de mon boubou orangé, mais les gouttes de pluie tiède ont baptisé sa couverture. Une fois rentré, l’ai essuyée avec le premier bout de tissu rencontré, mon Bleu de Chine laissé sur un fauteuil. Ensuite, pour poursuivre la cérémonie de baptême, je suis monté à la chambre enregistrer l’orage qui avançait sur la ville et avait commencé à tremper le parquet. Voici gravé le souvenir vivace de ce porte-bonheur.

 

Anne Savelli publie ce livre chez Publie.net.

Le site de Joachim Séné dédié aux Oloés du monde entier.

Vous avez l’éclat de la rose

roses

Roses de juin –
Promesses éphémères,
l’été en embuscade.

 

Vous avez l’éclat de la rose – Moussu T e lei Jovents

Il a suffi d’un cygne

cygne

Il s’ébrouait près des herbes hautes lorsque je l’ai surpris, le grand cygne au plumage blanc neige. Solitaire. Le port altier. Il croisait au ras de la rive. Je l’ai salué. Il m’a dévisagé un court instant est s’en est allé. D’abord à contre courant, puis vers l’aval. Sans se retourner. Alors j’ai fredonné le Cygne de Camille Saint-Saëns. Quand je serai grand, j’apprendrai à la jouer sur mon violoncelle cette merveille de mélodie, extraite du Carnaval des animaux.

 

Le cygne – Gautier Capuçon

Dans notre carnet des jours heureux

Plus de deux mois sans se voir, sans se parler autrement qu’au téléphone, sans rire ensemble. Arrive un jour beau où tout ceci devient lassant à force. Survient un jour béni où s’effacent les semaines de manque, où se gomme la distance pour se diluer dans un flot paisible d’instants à partager. Pour les savourer en beauté, avons choisi de randonner ensemble. Chacune et chacun sur son vélo équipé de la fée électricité. Ce fut une merveille de promenade en Hautes-Pyrénées. D’abord sur une voie verte, un ancien chemin de fer réhabilité, du côté de la Vallée des Gaves. Puis plus haut. Un peu plus haut. Tellement offerte à la splendeur qui nous entourait, cette escapade, que nous l’inscrivons dans le carnet des jours heureux. Au-dessus de nos silhouettes casquées, Le Cabaliros, le Viscos, le Hautacam. S’il vous plaît. Nous y revoir et nous réentendre pédaler, tranquilles, accompagnés par la paix de ces sommets.

 

L’air sent les foins et l’herbe coupée. Les maisons retrouvent du sourire aux façades. Les petits graviers crissent sous les roues. Un arrêt pour attendre les autres. La gourde sortie du sac à dos. Par là-haut, oui. Tu verras la vue qu’on a. Sentir la fraîcheur aux mollets aux passages à l’ombre. La route monte et tu lis Col d’Aubisque que tu gravis trois fois autrefois. Parlerons de Bahamontes plus haut. Toujours plus haut, l’Aigle de Tolède. Un virage et de l’herbe à hauteur de genou. Ici, c’est à main gauche. Le petit chemin mène à la chapelle. Dieu vous le rendra écrit sur la pierre blanche. Déguster le sandwich à l’omelette. Quelques noix de cajou. Un milan déploie ses ailes vers la vallée. Sa queue est échancrée. Une couleuvre se tortille à l’ombre d’une murette. Regarde, là-bas, le Pic du Midi. Des fontaines vivaces partout près des places. Refaire le plein des gourdes. Une bibliothèque de rue en face de l’arrêt de bus. Le soin accordé aux fleurs. Accueillir leurs couleurs. Mon Dieu, ce jaune pâle des roses. Les iris presque mauves. Les oiseaux ponctuent ton ascension. Voitures rares. L’entrée dans Gez-Argelès. Le village natal de Vincent. Une grande maison à la façade blanche. Plus loin en redescendant, la châtaigneraie aux kilos de cèpes en automne. Le champ pentu pour jouer au foot. Une enfance en regardant les cimes. L’école encore ouverte. Plus bas, fermées les mines de plomb et de zinc. Depuis des lustres. Allons voir ce petit lac, oui. Passage étroit. Avancer encore. Bientôt la redescente. Les freins font hiiii hiiii hiii. Jamais trop apprécié les descentes. Slalom comme au ski en soignant les courbes. Ouvrir le genou dans les virages comme Hinault. Retrouver le Gave de Pau et se poser pour déjeuner. Les tomates croque-sel. La tortilla. Le petit verre de rosé.

La promesse de se retrouver bientôt pour repartir ensemble.

Avant de se quitter, écouter Vincent chanter Bèth cèu de Pau.

 

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Les mots de Gilou, mon ami d’enfance sourd-muet

Gilbert

Il me manque Gilou, mon ami d’enfance sourd-muet. Nous nous connaissons depuis tout minots. La vie nous a longtemps tenus éloignés mais chaque année ou presque, nous nous sommes retrouvés l’été et nous avons partagé tant de moments plaisants. Inoubliables. Je me souviens des après-midis de canicule en juillet et en août au bord du Verdon. Plus tard des baignades au bord du lac de Sainte-Croix. Je me rappelle le miel dégusté à même les hausses sur la murette de sa maison, près du monument aux morts de 14-18. Je me souviens des parties de boules, le soir à la fraîche sur la place de Bauduen, son village qui est aussi l’endroit du monde où est née ma Mémé Zoé. J’y montais pour les grandes vacances. Lui aussi se souvient de ces moments précieux, j’en suis sûr. Pendant le confinement, nous avons pris de nos nouvelles. Lui l’a passé à Bauduen, auprès de ses parents, là où il a vécu les trois premières années de sa vie.
Avec Gilou, nous avons toujours communiqué facilement. J’ai appris à lui parler lentement et en accentuant l’articulation des mots. Lui, il a toujours su déchiffrer mes paroles sur mes lèvres et toujours su me répondre à sa façon, avec ses sons à lui. Son langage, je l’ai toujours compris. Du coup, nous avons toujours beaucoup échangé. Il y a six ans, c’est à Bauduen que je lui avais proposé d’enregistrer ses paroles. J’en avais très envie. Je m’étais dit qu’il n’y avait pas de raison pour que je le fasse pas. Je savais que j’apprendrais beaucoup à l’écouter se raconter. Il avait accepté de se confier. Avec tant de gentillesse. Il m’avait parlé de son enfance, de ses années d’apprentissage, de sa condition de sourd-muet, de son parcours professionnel, de son village d’amour. Ses mots, je les réécoute aujourd’hui et je les partage. En espérant fort que nous pourrons nous retrouver bientôt pour échanger encore et toujours.

Les mots pour le dire.

« Je suis sourd de naissance. Depuis tout petit je n’entends rien. Déjà dans le ventre de ma maman, je n’entendais rien. Je ressens les vibrations des sons lorsque je suis en boîte de nuit, ou quand il y a le feu d’artifice. Je les ressens dans le corps. Sinon je n’entends rien. Ce silence c’est une habitude. Je vois plus. Je suis plus attentif. La nuit c’est difficile dans le noir. L’équilibre est difficile la nuit. Je n’arrive pas à imaginer le chant des oiseaux. Les oiseaux, je les vois voler et puis c’est tout. Avec les gens, la communication est difficile. J’écris des sms sur mon portable mais c’est difficile. J’ai des amis qui sont eux aussi sourds et muets, à Marseille, à Nice. À La Ciotat, j’ai des amis qui entendent et j’arrive à parler avec eux. J’aime le foot. Je jouais bien, mais maintenant c’est fini, j’ai soixante ans. Je regarde le foot et je vais au stade. Je supporte l’OM. Je viens souvent à Bauduen voir ma famille, voir maman. Je l’aide à entretenir la maison. J’aime beaucoup être à Bauduen. C’est calme, tranquille. Je rêve de beaucoup de choses. Si je suis heureux ? Normal. Ça dépend des jours. Il y a des hauts et des bas. C’est difficile d’être sourd, de ne pas entendre. Je lis des livres un peu. Je vais sur Internet. J’y ai des amis. Nous communiquons par vidéo. Nous échangeons avec le langage des signes. Je suis content de venir dans mon village et de retrouver les gens. Ici, je vais me baigner dans le lac. »
« J’ai été à l’école à Nice, de 3 ans à 8 ans, puis après à Marseille, à l’Institut des sourds et muets, à côté de Notre Dame de la Garde, en dessous. J’y ai appris à parler, à écrire. J’ai appris le langage des signes. Ensuite, j’ai passé le Certificat d’études et j’ai été apprenti menuisier pendant trois ans. J’ai réussi le CAP à 17 ans et j’ai travaillé aux Chantiers navals de La Ciotat comme menuisier ébéniste à l’intérieur des bateaux. J’avais de bons camarades. Nous étions un bon collectif. Après, les Chantiers ont fermé, j’ai été licencié économique et j’ai trouvé du travail à l’Institut des sourds et muets à Marseille, comme homme d’entretien. J’y suis resté jusqu’à la retraite. »

Pensée magique et oloés

Biarritz9Dans la lumière presque estivale de Biarritz m’est venue une pensée magique. Photographier les oloés rencontrés, histoire de précipiter l’arrivée tant espérée chez mon libraire du livre d’Anne Savelli, dédié à ces lieux quelque part où lire où écrire. C’était une espèce de vœu fait en secret. Comme lorsque je croque le cœur d’une salade ou bien le Jésus d’un quartier d’orange ou bien les premières cerises de l’année. Surtout ne pas parler pendant le vœu. Fermer les yeux peut-être. Juste imaginer l’objet et laisser naviguer le désir au rythme de l’océan.

 

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Cueille le jour présent…

fleurs

Elle m’est venue d’un coup cette envie d’alexandrins. Ce désir de douze pieds répétés, il a surgi à l’intérieur de ma bouche, juste au-dessus du cœur, là où naissent mes élans d’écriture. Oui, à l’intérieur de la bouche ce fut, alors que je contemplais les fleurs. Comme un suc qui affleurait en douceur. Il faisait bon. Le matin s’installait. J’avais rêvé d’oiseaux migrateurs, comme souvent. Les six premiers mots se sont mis à tourner en boucle. Et puis j’ai accompagné les mots qui venaient en comptant sur mes doigts. Éphémère et humble cueillette…

Juste des larmes de pluie tiède et l’écho tu
Des heures de semailles au calme de la rue
J’observe tes mains brunes et tes ongles danser
Nous fredonnons le chant des malheurs envolés
Tu bénis dans la joie la naissance des fleurs
Il n’y aurait ni Dieu, ni miracle, ni peur
Nous sommes étonnés, en paix, les corps légers
Nous partageons l’instant et rien d’autre à pleurer.

 

Missak, mémoire rouge

MISSAK

J’ai découvert hier que c’était la Journée nationale de la Résistance. Me suis souvenu que c’est mon instituteur de père qui m’a appris à le lire ce mot. Juste avant que j’entre à la grande école, je crois bien. Écrit avec un R majuscule. Toujours. Ces dix lettres, je les avais découvertes dans l’Humanité laissée sur le rebord de la table. Imprimées peut-être à la Une. En dessous de la faucille et du marteau. Tout minot, je cherchais tout le temps des mots à déchiffrer, à reconnaître et à mémoriser. Puis à prononcer à voix haute. Pour le plaisir de les dire. Il fallait m’arrêter tellement j’étais bavard. Je fouinais dans les livres, je cherchais des mots nouveaux dans les revues et donc dans l’Huma. Résistance. Papa m’avait ensuite appris à l’écrire. Plus tard, il m’avait raconté. Il était enfant sous l’Occupation, à Marseille. Pas encore communiste. Fils d’ouvrier arrivé de Zurich dans les années 20 et pas du tout politisé. Papa avait revisité ses souvenirs. Je le réentends me dire qu’une image l’avait frappé à l’époque. Une affiche rouge collée plusieurs fois sur les murs de son quartier de Saint-Just. L’Armée du crime. Missak Manouchian. Il m’avait parlé des Résistants. Des Francs Tireurs Partisans – Main d’œuvre immigrée. Des Espagnols, des Arméniens, des Italiens, des Hongrois, des Polonais, aux côtés de Français. Il m’avait dit qu’ils étaient vingt-trois à s’être fait arrêter par les nazis, qu’ils étaient morts en héros, et qu’ils avaient refusé d’être fusillés les yeux bandés. Lui le fils d’immigré, il m’avait demandé de ne jamais oublier ce que les étrangers avaient fait pour libérer la France. Je lui avais promis que je garderais toujours en mémoire Missak et ses camarades. 

 

L’affiche rouge – Louis Aragon – Léo Ferré

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Le cœur des Marseillais, mais pas que…

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Chaque année, le 26 mai est une date à part. Une date anniversaire. 27 ans que ça dure. 26 mai 1993. Je me souviens de Marseille, ma ville, en liesse comme je ne l’avais jamais vue ni entendue. À Munich, l’OM devient champion d’Europe de football. À jamais le premier club français à soulever la Coupe aux grandes oreilles. Grâce à Basile Boli. Ce coup de tête magistral qui loge le ballon dans les cages du grand Milan. 27 ans. Une éternité. Mais un bonheur et une fierté qui restent. En profondeur. L’OM c’est le club de ma ville. C’est aussi le club dont ma mère porta les couleurs. Mais oui…

 

L’OM c’est le club d’une ville ouverte sur le monde depuis plus de vingt-six siècles. Une ville de migrations, d’allées et venues. D’arrivées, d’installations, de départs, de retours. Pour une heure ou pour toujours. Parfois le temps d’un match. À Marseille comme en son Vélodrome, on est accueilli d’où que l’on vienne. Même de Paris…

 

Au printemps je dois croire (Lecture à voix haute)

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C’est une croisière où l’on ne s’amuse pas mais où l’on écrit. Avec les moyens du bord. Un voyage entrepris à l’heure où le monde s’est mis à vriller dans l’hécatombe, due à la même maladie qui tue la terre et les hommes. Depuis le 11 mai, sommes confinés à l’intérieur d’un grand paquebot, Pandémonium 1, dont nous ne savons pas, ne savons plus s’il dérive ou s’il est arrimé à quai comme une arapède géante à son rocher. C’est un bateau refuge pour tenter de guérir. Ici, le remède c’est le récit. Essayer d’apercevoir une issue possible au désastre grâce à l’écriture. Chacune et chacun dans sa cabine, nous laissons les mots advenir. Nous pourrions nous croire isolés. Seuls. Abandonnés. Il n’en est rien. Tenez, dans ma cabine C12, sise sur le pont C, m’est parvenu le flow poétique de Sabine Huynh, une passagère confinée en A433. Elle est tout là-haut sa cabine, mais je l’ai entendue nous dire qu’il nous faut croire au printemps. Ça me fait du bien de lire ça, à voix haute, moi qui en suis resté à une écume grise

Sabine Huynh est, entre autres, écrivaine et traductrice.

Elles se parlent encore

Maman&Simone

 

Toutes deux ne sont plus mais pourtant elles se parlent encore. Comme si ces heures à savourer les jours enfuis restaient en suspens dans le présent. Prêtes à renaître, à s’y glisser sur la pointe des pieds, d’un instant à l’autre. Lucette, ma maman et Simone son amie de jeunesse, si complices, sereines, paisibles. Quel cadeau elles me firent, ce jour de mai 2014 à Bauduen où elles se retrouvaient une ultime fois, en laissant voguer leur mémoire pour que j’en grave la trace douce. Pour l’éternité ?

Au revoir là-haut (Lecture à voix haute)

AuRevoirLàHaut

Si peu lu ces deux derniers mois. Surtout pendant la cinquantaine de confinement. Concentration de poisson rouge ou presque. Peu paisible au fond. Préoccupé. Souvent en colère. Accaparé aussi par la fabrication de mon petit feuilleton sonore. Du coup, c’est un discret Euréka que j’ai lancé dans ma tête hier-matin en terminant la lecture d’Au revoir là-haut, le chef d’œuvre de Pierre Lemaître. Je l’avais dévoré en 2013. Passionné par ce roman d’aventures. La Grande Guerre et son temps d’après. Les Poilus survivants anéantis par le désastre. Les Gueules cassées dévastées à leur retour dans la vraie vie. Les escrocs aux monuments aux morts. Les salauds des tranchées reconvertis héros. Les patrons embusqués. Les politicards corrompus. Le fric roi, déjà. De bout en bout, ce roman m’avait donné un sacré coup de poing dans les tripes. Je l’avais gardé dans mon cœur car à l’époque il m’avait accompagné dans l’écriture de mon troisième livre, dédié à un soldat bas-alpin de la même guerre. À la mi-mars, alors que d’autres ouvrages m’attendaient sur ma bibliothèque, c’est vers Au revoir là-haut que je suis retourné. Histoire de me faire pardonner d’avoir tant lambiné cette fois-ci, envie d’en lire un extrait à voix haute. L’intégrale, ce sera pour plus tard, qui sait…

 

Après Au revoir là-haut, je n’ai pas résisté au plaisir d’entamer Couleurs de l’incendie, le deuxième roman de la trilogie Les Enfants du désastre.

Hier après-midi, j’ai écouté avec bonheur la Masterclasse de Pierre Lemaître sur France Culture, au micro d’Emmanuel Laurentin. Un moment de radio passionnant, empreint d’humanité, d’humilité et d’humour.

Papa est parti au pied d’un arbre

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Première fois que je réentends sa voix depuis qu’il est parti, il y a trois mois jour pour jour. L’enregistrement date d’il y a presque un an, précisément du 4 juin dernier. Nous sommes à table. Finissons de déjeuner. Papa a peu mangé. N’a même pas fini son verre de rouge. Il est très fatigué. Vit tout seul dans son appartement depuis bientôt cinq ans. Très fatigué mais d’une lucidité, d’une précision dans la pensée et d’une sagesse qui m’autorisent ce jour-là à capter ce qu’il dit de la mort, de cette fin de vie qu’il sent se rapprocher, de l’éventualité d’un Dieu et de l’après, qu’il ne nomme pas l’au-delà.

Tout comme ma Maman, mon père ne croyait pas à l’âme.

Il avait 89 ans lorsqu’il a rejoint le Grand Tout. Au pied d’un arbre, comme il le désirait.

Le crépuscule lambine

crépuscule

Le crépuscule n’en finit pas de s’éterniser. Comme s’il refusait de laisser la place à la nuit noire. Il s’étire dans l’air doux de mai, il lambine, il palpite de bleu doré. Si je le quitte des yeux, juste une seconde ou le temps d’un battement de paupière ou du passage d’une abeille égarée, le voilà absorbé par l’encre de la nuit. Survient alors l’heure de la chouette. L’écouter hululer puis demander aux étoiles qu’elles guident ses prières.

Comme un éclat d’embruns salés… Oloé, Oloés…

embrunsMarseilleOloé. Je ne connaissais pas ce mot avant d’en découvrir les quatre lettres le mois dernier sur le fil Twitter d’Anne Savelli. Il m’a séduit tout de suite ce mot. Oloé. D’abord, il rime avec Zoé, le prénom de ma fille cadette. Ensuite, il sonne comme le nom d’une fleur ou d’un oiseau exotique et ça m’a bien plu de le prononcer doucement. Plusieurs fois d’affilée. Oloé, Oloé, Oloé ! Comme un éclat d’embruns salés. Comme une comptine teintée de fantaisie. Comme un premier mot de bébé épicé de surprise. Au pluriel, ce mot m’a intrigué. Oloés. De fil en aiguille, j’ai approché son sens et ses aspects. La lecture, l’écriture. Leurs lieux dédiés. Les endroits préférés pour s’y adonner. Et voilà qu’Anne Savelli, leur consacre un livre, sous une nouvelle version publiée par les Éditions Publie.net. Oloés. Avec un O majuscule en initiale s’il vous plaît. Espaces élastiques où lire où écrire. Ou l’un ou l’autre ou parfois les deux aussi. Se souvenir de l’avoir fait. Ou imaginer le faire. Projeter de s’y mettre, de se lancer bientôt. À cet endroit-ci. Ou bien là-bas. Je me suis laissé tenter. Début mai, je l’ai commandé chez mon libraire. Il existe aussi en format numérique. Mais ma préférence va toujours aux livres en papier.D’autant plus que sa couverture est très belle. C’est Roxane Lecomte qui l’a conçue. J’avais aimé son travail pour le recueil « Nouvelles de la ferraille et du vent » de Hédi Cherchour, chez le même éditeur. Pour le livre Des Oloés, son jaune d’or rencontre des isthmes orangés, des frises grises et bleutées, caressées par un soupçon de rouge et du noir profond pour accueillir le P du logo de l’éditeur. En attendant de faire connaissance avec l’objet, de mes mains, mes doigts et avec mon nez peut-être aussi – je renifle souvent les ouvrages que j’achète pour espérer y déceler un parfum inédit – j’ai désiré partager la lecture à voix haute du court extrait publié par Pierre Ménard sur son site.

Hâte de le rencontrer pour de vrai, ce livre qui donne à découvrir aussi des textes d’autres écrivains – dont Joachim Séné, qui fait vivre un site ouvert aux oloés du monde entier – et des propositions pour qui serait tenté de se mettre à écrire ses propres oloés… M’y mettrai peut-être bientôt. Pour l’heure, voici quelques uns des miens photographiés.

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Un voyage de rêve en chemin de fer

avecMariusdanscabineconducteurtrain

Ce fut un après-midi de chance, il y a six ans. Un après-midi de mai aux côtés de mon fils Marius. L’audace de solliciter le conducteur du train. Désirais tant que nous puissions partager son espace de pilotage, le temps d’un court trajet de gare en gare. Ne nommerai pas la ligne. L’avons empruntée tant et tant depuis toutes ces années. Le conducteur a dit oui. Il nous a souri et l’avons suivi dans sa cabine. La suite s’écoute ici

 

Grâce à ce cheminot, c’est comme si je réalisais ce jour-là un rêve d’enfance. Conduire une locomotive. Depuis, Marius n’est plus un enfant. Puisse sa belle voix grave d’adolescent l’accompagner longtemps sur le chemin où fleuriront ses rêves.

Dans le miroir c’est dimanche (Lecture à voix haute)

PhotoPierreMénardJe connais si peu de Pierre Ménard. Écrivain. Vit à Paris. Connaît Marseille. Voyage. Anime des ateliers d’écriture. Nous sommes en lien sur Twitter. Depuis ce carrousel géant où l’attention aux autres et le partage se fraient leur petit chemin paisible, au mitan du brouhaha des rixes et des egos, j’ai fait un pas de côté et me suis rendu sur son site. Au calme, j’y ai découvert son Journal du regard. J’ai goûté ses plans lents, leur rythme, leur fragilité et leur lumière. J’ai aimé son regard d’amour sur Paris d’avril. Je ne suis pourtant pas très vidéo comme garçon. Plus trop attiré par la littérature YouTube. Je m’y ennuie très vite. Parfois, elle me fatigue. Il paraît que c’est l’avenir. Je dois être du passé. Aux images qui bougent, je préfère la photographie et le son. Tellement plus puissants. Tellement plus ouverts vers l’imaginaire, je trouve. Vers la beauté du silence. Dans ce Journal du regard, pourtant, l’écriture et la poésie de Pierre Ménard ont su me prendre par la main et me faire voyager. Elles ont résonné en moi dans une douceur et une mélancolie qui m’ont touché.

L’autre jour, je suis retourné sur Liminaire. Le titre d’un texte publié en haut de page m’a accroché :  « Dans le miroir c’est dimanche ». J’ai cliqué et me suis laissé emporter dans une valse lente de mots et de phrases qui m’ont un instant réconcilié avec les dimanches. Sans doute parce que Pierre Ménard a su raviver quelques chauds reflets de mon propre miroir de mémoire.

Ce texte, je l’ai lu et relu. En silence. Je désire aujourd’hui le partager en le lisant à voix haute.

 

 

Photo d’illustration @PierreMénard

Vie d’Éros Sambóko (2) (Lecture à voix haute)

sergemarcel4J’aime la poésie de Serge Marcel Roche, la douleur, la mélancolie qu’elle exprime, depuis l’Afrique noire où il demeure. Le rythme et la couleur de ses phrases m’entraînent là-bas. J’y reste longuement et je récite ces mots dans ma tête, puis à voix basse. Récemment, je me suis pris d’affection pour Éros Sambóko, un personnage imaginaire qui vit en milieu urbain, celui de Yaoundé, la capitale du Cameroun. Serge Marcel Roche connait un peu cette grande ville mais il n’y vit pas.

Pas la première fois que je me prends à dire ses textes à voix haute et à les partager.

 

Ressemble à la mer pas vue

 

Retrouvez Serge Marcel Roche ici

Trois petits tours et puis revient (50) Au bout de la farandole…

NoahetBaptisto

 

Contribution #36 J’accueille aujourd’hui l’enregistrement que m’ont adressé Noémie et Dawei, depuis Shanghai : La Mer, mon pays, berceuse traditionnelle chinoise *. Mille mercis.

 

Contribution #37 Et puis petit bonus, le cadeau sonore offert par Noah, Baptiste et Empar, depuis Alzira : Premiers mots.

 

NoahetBaptisto

Les mots pour le dire

Nous voilà donc arrivés au bout de la farandole, au bout de ces instants de partage qui nous ont rassemblé chaque matin de confinement, avant de basculer dès aujourd’hui dans le temps d’après. Depuis cinquante jours, nous aurons avancé ensemble, groupés, solidaires, et nous aurons partagé tant et tant de musique, de voix, de refrains, de chansons, de mélodies. Tant et tant d’émotions.

Grâce à vous toutes et tous… j’ai reçu de si beaux cadeaux que je voudrais vous remercier…

MERCI Gérard et Josie, Yolande et Frank, Eliott, Bastien, Sandrine et Philippe,

MERCI Mimi, Christine, Claude et Dany,

MERCI Ema, Delphine, Paule et Dominique,

MERCI Vincent et Camille, Charlotte et Julien, Toshiko et Annick,

MERCI Alexandre, Clément et Raphaël,

MERCI Vincent, merci Nicolas et Alain, Renaud et Marion,

MERCI Noëlle, Marco et Samuel,

MERCI Zoé, Jean-Marc, Alma et Romain,

MERCI Gaby et Vincent, Jesús et Manoli,

MERCI Anne et Chantal, Jonathan et Claire,

MERCI Yan, Nanette, Vincent et Olivier,

MERCI Mathilde et Marius,

MERCI Noémie et Dawei

MERCI Noah, Baptiste et Empar,

et à bientôt !

 

* La Mer, mon pays

« Quand j’étais enfant, 
Maman m’a raconté, 
Que la Mer était comme mon pays, 
Bercé par le souffle du vent marin,
Et le rythme des vagues, 
J’ai grandi auprès de la Mer. 
Grande Mer, oh grande Mer,
Tu es comme ma Maman,
Même si je vais au bout du monde,
Tu seras toujours à mes côtés. »

 

 

Trois petits tours et puis revient (49) Rejoindre une voix connue…

oiseauxépisode49

 

Contribution #34 Petit bonus, j’accueille l’enregistrement que m’a envoyé Mathilde, accompagnée par Camille, depuis Billère : Petit pays, de Gaël Faye. Grand merci.

 

Contribution #35 Et puis autre cadeau, offert par Marius, depuis Salies-de-Béarn : Imagine, de John Lennon. Merci beaucoup.

 

(À demain 8h30…)

oiseauxépisode49

Les mots pour le dire

« J’ai reçu comme un appel venu d’un petit pays tôt ce matin, comme s’il me fallait franchir l’espace qui me sépare du dehors, doucement, et partir rejoindre une voix connue, une voix que tu connais toi aussi, j’en suis sûr. Cette voix singulière est celle de Jacques, un homme qui fut comme un grand-frère et qui me laissait sans voix lorsqu’il parlait aux oiseaux. Lui seul les comprenait et ils le comprenaient. Je l’imagine dans son petit pays et je sais qu’il nous écoute, chaque matin du monde. »

 

 

 

 

Trois petits tours et puis revient (48) La colère rangée à sa place…

maison

 

Contribution #31 J’accueille aujourd’hui l’enregistrement que m’a adressé Yan, depuis Nîmes : Senti figliolu, de Diana Di l’Alba. Ti ringraziu.

 

Contribution #32 Autre bonus, cette chanson postée par Nanette et Vincent, depuis Bénesse-Maremme  : La rose et l’armure, d’Antoine Elie. Un grand merci.

 

Contribution #33 Et puis cette petite mescle poétique envoyée par Olivier, depuis Paris. Merci beaucoup.

 

(À demain 8h30…)

maison

Les mots pour le dire

« Lorsque la casserolade a résonné hier-soir, j’ai senti notre colère s’échapper de la maison, pour rejoindre le concert discret des voisines et des voisins. La sortie de nos confinements se rapproche, et c’est comme si nous lâchions en vrac tout ce que nous avons accumulé comme rage depuis toutes ces semaines : les plus de 25.000 morts, le dénuement sanitaire, les mensonges du gouvernement, sa gestion chaotique de la crise, les Sans Domicile Fixe plus que jamais abandonnés. Ces dernières heures, en lisant Le Monde, j’en ai pris une nouvelle dose de colère en apprenant que la France, depuis  trois ans, a accéléré la destruction de ses stocks de masques et que fin mars, en pleine épidémie, elle continuait à en brûler des millions, alors que la pénurie était criante. Tout ça ajouté au spectacle consternant d’un Président totalement en vrac, en appelant à Robinson Crusoé ! Il y avait hier-soir encore de quoi péter les plombs aux fenêtres. J’ai respiré un bon coup et pour tenter de me calmer, je suis allé retrouver Vincent Lindon, face caméra, chez lui, sur Mediapart.  Tu l’as sans doute vue sa vidéo, tout en maîtrise et implacable. Ensuite, les idées bien en place et la colère rangée à sa place, j’ai savouré comme chaque jour les enregistrements que vous allez découvrir dans un court instant. »

 

 

Trois petits tours et puis revient (47) L’œil pétillant comme avant…

Lucienapiculteur

 

Contribution #29 Petit bonus, voici la chanson que nous offre Jonathan, de Salies-de-Béarn : Baloum Baloum. Grand merci.

 

Contribution #30 Et puis, autre cadeau, j’accueille l’enregistrement que m’a posté Claire, depuis Digne-les-Bains : Mistral gagnant, de Renaud. Mille mercis.

 

(À demain 8h30…)

Lucienapiculteur

Les mots pour le dire

« Hier, notre marché de plein air a retrouvé la vie, sous un ciel gris-bleu. Pas vraiment un jeudi-matin de fête, mais un moment plaisant qui évoquait la vie d’avant, ou presque. Sécurité oblige, des barrières partout, une entrée et une sortie dédiées, des masques sur beaucoup de visages, pas plus de tant de personnes à la fois et rien que du commerce alimentaire. Bref, la vie d’aujourd’hui, ou plutôt  la vie de l’Après déjà installée et sans doute pour un moment. Ça m’a bien plu quand même, parce que j’ai retrouvé Lucien l’apiculteur. Plutôt en forme, ses 81 ans pimpants, l’œil pétillant comme avant, les cheveux un peu plus longs, et ses pots de miel alignés bien comme il faut avec les petites étiquettes de prix. Entre bavards, nous avons un peu bavardé et il m’a avoué que ce qui lui avait le plus manqué pendant ces sept semaines hors du temps, ça n’était pas tellement le commerce, non, mais plutôt le contact, il m’a même dit le contac en bon Béarnais qu’il est ! Nous nous sommes dit à la semaine prochaine, et je me languis déjà parce que là, les commerces non alimentaires auront en principe le droit de revenir sur le marché. Hâte de retrouver Jean-Bernard, mon copain bouquiniste. »

 

Trois petits tours et puis revient (46) À plus tard, mais à quand …?

Marilynecran_2e_expo

 

#27 Premier bonus du jour : j’accueille l’enregistrement que m’a envoyé Anne, depuis Paris : River of No Return, de Marilyn Monroe dans le film éponyme.

 

#28 Et puis, second bonus, Chantal, de Salies-de-Béarn, chante La Dernière Séance, d’Eddy Mitchell.

 

(À demain 8h30…)

Marilynecran_2e_expo

Les mots pour le dire

« Tu commences à être habitué à mes fredonnements depuis tous ces jours que nous nous côtoyons dans ce petit feuilleton. Il faut que je te dise qu’en ce moment, je suis très musiques de film. Oui, elles m’accompagnent dès que j’ouvre l’œil, elles m’évoquent des moments heureux, des moments de partage en famille.Tu vas sans doute reconnaître Le vent se lève, de Miyazaki, reconnaître aussi Cinéma Paradiso, et puis la musique du dernier film partagé avec mon fils Marius, La Liste Schindler. Il y a bien sûr beaucoup de mélancolie dans toutes ces mélodies, et si je les fredonne, c’est aussi parce qu’elles rejoignent l’inquiétude que nous partageons tous sans doute à propos de la situation des artistes, des musiciens, des chanteurs, des danseurs, des intermittents du spectacle, la situation des écrivains aussi, qui voient nombre de leurs projets à l’arrêt depuis toutes ces semaines, nombre de leurs concerts annulés, reportés à plus tard, mais à quand ?
Pour tous ces acteurs du monde de la culture, ce sera une année blanche. Ils réclament de l’aide, histoire de ne pas être emportés par le désastre. Ils désirent être entendus concrètement. Alors, je fredonne ces petites musiques belles, un fredonnement de retraité, un fredonnement de solidarité. »

Anne Savelli est écrivaine. Volte-Face est le titre de l’un de ses livres, en attente de publication et « inspiré » par une exposition dédiée à Marilyn Monroe.

Photographie d’illustration : @AnneSavelli