Le bouquiniste béarnais résiste et finit par gagner

Il respire à nouveau, Jean-Bernard le bouquiniste. Le voilà de retour sur les marchés du Béarn. Privé de déballage par un décret national tombé depuis Paris en faisant fi du caractère essentiel de son activité, il a retrouvé le droit de travailler. Attention magie ? Pas vraiment. Quatre jours et trois nuits de résistance et de coups de fil auprès d’un politicien local bien en cour à l’Élysée – devinez qui ? – ont fini par accoucher d’un feu vert au déballage pour lui et les quatre autres bouquinistes béarnais.

Jean-Bernard Camblong, bouquiniste sur les marchés de Pau (place Grammont), Jurançon et Salies-de-Béarn

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Livres de ma vie / Les Nuits / Alfred de Musset

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Il vient d’entrer dans ma vie, ce tout petit livre doré sur tranche. Collection Bibliothèque Miniature, aux Editions Payot. L’ai déniché en chinant sur le marché de Salies. L’ai toute de suite repéré sur l’étal du bouquiniste. Caresser le tissu de la couverture. Respirer son parfum de papier vieilli, de poussière et d’encens léger. Ouvrir une page au hasard. 74. Nuit de décembre. Réciter ces vers en murmurant. Entre marchand de pain et vendeur de primeurs.

… Comme j’allais avoir quinze ans

Je marchais un jour à pas lents

Dans un bois, sur une bruyère,

Au pied d’un arbre vint s’asseoir

Un jeune homme vêtu de noir,

Qui me ressemblait comme un frère.

Je lui demandai mon chemin ;

Il tenait un luth d’une main,

De l’autre un bouquet d’églantine.

Il me fit un salut d’ami

Et, se détournant à demi,

Me montra du doigt la colline.

À l’âge où l’on croit à l’amour,

J’étais seul dans ma chambre un jour,

Pleurant ma première misère.

Au coin de mon feu vint s’asseoir

Un étranger vêtu de noir

Qui me ressemblait comme un frère.

Il était morne et soucieux ;

D’une main il montrait les cieux,

Et de l’autre il tenait un glaive.

De ma peine il semblait souffrir,

Mais il ne poussa qu’un soupir

Et s’évanouit comme un rêve …

Alfred de Musset ( 1810 – 1857 )