Que Noël vienne pour les migrants

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Migrants présents ici dans ces pages ces enfants et ces grands
ces gestes ces solidarités qui sauvent malgré la loi qui scandaleusement punit
ces voix qui ne se taisent pas pour dire nos peurs notre effroi parfois
pour clamer notre exigence d’humanité et notre honte souvent
migrants par la mer par les montagnes
nos sœurs nos frères en danger migrants accueillis chassés reconduits renvoyés
migrants salués par les mots d’Anna Jouy
dans ce texte publié chez les Cosaques des frontières de Jan Doets
en ce jour de Noël
envie de le lire à voix haute
et de partager

Mots sous l’aube le blog d’Anna Jouy

Les Cosaques des Frontières le site de Jan Doets

Photo de ci-haut @@StefanodeLuigi

Du désastre de la Corderie aux mots de Marsiho

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Le désastre vécu par l’antique carrière de la Corderie a fait surgir en moi un désir de vengeance pour qu’à jamais les coupables de ce crime contre le patrimoine de Marseille soient expédiés dans les décombres de l’Histoire surgi aussi un rêve de grand tremblement qui ressuscite le site pour que tous ensemble nous puissions repartir pour 2600 ans de mémoire vive vite m’efforcer de chasser cette pulsion vilaine la rayer de ma tête et de mes tripes car le sang et la haine ne lavent jamais aucun forfait je le sais bien chasser ce cauchemar funeste et tenter de me tourner vers le beau vers les mots qui eux enterrent la saloperie du monde et le sauvent ils le peuvent oui ils le peuvent désir profond ici au cœur de notre cité de retrouver l’un de ses fils les plus inspirés les plus poètes l’écrivain André Suarès auteur du formidable Marsiho savourer chaque phrase de ce bijou et lire un extrait à voix haute où trois mots sonnent en écho au désastre meurtre lâcheté et soleil…

« … Sous le ciel d’azur, rire éclatant, il y a dix coins marqués pour le meurtre. Ce sont des places régulières, des trapèzes biscornus qui s’espacent au soleil entre deux ou trois pâtés de grosses maisons. Terrains vagues, lieux de démolitions, ils semblent piqués de décombres, jalonnés pour le crime et lotis au guet-apens. Les pavots du sang doivent pousser sur ces champs arides : ils attendent la saison.
Que le ciel est heureux qui les illumine, qu’il laisse tomber de haut le miel de la lumière sur ces dartres galeuses de la peau d’une ville ! Rien ne ressemble moins au coupe-gorges des ruelles sinistres, dans les vieilles cités à l’ombre des cathédrales. Ici, tout se fait en plein soleil. Quelle merveille dans une ville où comme partout, le style moderne commande l’hypocrisie et la lâcheté.
Au beau milieu de la cité, dans le centre de la ruche, là où grouille la foule, les carrefours prédestinés haussent une large épaule, étirent leurs membres de plâtre gris, et dressent leurs bosses de terre battue. Tantôt plus couverte de gens qu’une charogne de vermine et tantôt déserte comme un cimetière à minuit, la place est un champ clos.
J’en sais une, les lignes courbes, la rue qui fuit, les ruelles qui s’amorcent en serpents et en scorpions, mes murs aveugles d’une part, des murailles trouées en écumoire, de l’autre, tout y appelle le meurtre… »

Copyright @ Editions Jeanne Laffite

Callelongue dans la présence d’Izzo

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Chaque fois que mes pas me mènent ici en ce bout du monde marseillais je sais je sens que Jean-Claude Izzo m’accompagne pareil hier sous les embruns et les bourrasques de ce vent d’est furieux Callelongue et ses cabanons trempés sa roche blanche indondée teintée de beige par la pluie son sémaphore tendu vers le ciel gorgé de gris face aux îles Maïre et Tiboulen de Maïre secouées de vagues et d’écume Jean-Claude Izzo tremble à mes côtés devant ce Marseille grandiose terrible et cette Méditerranée où tant d’humains de migrants de marins continuent de se perdre

Je me souviens qu’il y a plus de deux ans et demi je m’étais installé au rond-point de Callelongue pour lire à voix haute un texte de Jean-Claude Izzo

Mon billet de blog du 1er avril 2015 c’est par ici.

 

Le photographe du désert

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Faire sonner les mots en dehors de ma bouche lire à voix haute c’est plus fort que moi je ne peux m’en empêcher ce désir surgit parfois lorsque me trouve devant un texte qui me parle me touche m’emporte loin me fait réfléchir sonne avec profondeur à mes oreilles et à mon cœur la semaine passée j’étais ici-même avec Nicolas Esse il y a dix jours aux côtés de Candice Nguyen et aujourd’hui me voici devant Philippe Castelneau et sa contribution-portrait à l’atelier d’écriture proposé par François Bon sur son Tiers Livre « faire semblant d’être Pierre Michon » c’est le texte que je préfère parmi les trente mis en ligne chez François pas de titre comme pour les vingt-neuf autres textes du coup je me permets de lui en donner un Le photographe du désert Philippe trouvera peut-être mieux ou pas il me dira ou pas lire à voix haute ce texte donc mixer ses mots à des phrasés de oud et partager avec vous tout comme nous partageons le plaisir de nous lancer à écrire modestement et toujours passionnément chez François Bon.

Photo de ci-haut @Pexels

Alphonse et Zoé, mémoire à voix haute

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Mémé Zoé c’était ma grand-mère maternelle haute-provençale née en 1894 qui perdit son promis à la Guerre de 14 et ne s’en remit jamais Zoé ainsi se prénomme ma fille cadette née en 2001 elle n’a pas connu son arrière grand-mère puisque décédée vingt ans avant sa naissance ai souvent parlé à Zoé comme à chacun de mes trois enfants de l’aïeule Zoé endeuillée à vingt ans leur ai offert mon dernier livre et ils connaissent d’autant mieux Alphonse Richard qu’ils portent en eux les mots par moi énoncés pour leur raconter la tragédie vécue par notre ancêtre et l’abomination de cette Grande Guerre qui il y a un siècle bouleversa la vie de toutes ces femmes dans chaque camp dont un fils un promis ou un mari ne revint jamais au pays hier dimanche 12 novembre lendemain de commémoration de l’Armistice Zoé a choisi de lire à voix haute la journée du 12 août 1914 la douzième de mon récit qui s’achève deux jours plus tard avec la mort d’Alphonse Richard cette lecture teintée de sentiments encore un cadeau de la vie qui me touche au plus profond.

Alphonse Richard renaît au pays avec des collégiens dignois

Au collège Maria Borrély de Digne-les-Bains encore un beau rendez-vous hier avec des élèves de troisième pour parler d’Alphonse Richard et de mon dernier livre à lui dédié rencontre forte et riche après celles de lundi avec des écoliers dignois et de la mi-octobre avec des élèves du Lycée français de Shanghai Campus de Shanghai forte et riche parce qu’autour de mon récit avons pu parler de la mescle entre littérature et histoire de la guerre de 14-18 de son horreur absolue de l’immense deuil dans lequel furent plongés tant de parents de femmes d’enfants de fiancées de chaque côté de la frontière forte et riche car avons évoqué le fil ténu et précieux qui relie l’histoire des individus et l’Histoire avec un grand H et comme c’était la journée des cadeaux après l’audioblog dédié à mon livre conçu par les collégiens du LFS de Shanghai et publié sur Arte Radio ai savouré cette émouvante lecture d’un extrait de mon récit signée Nina

Un grand merci à Sylvie Poirié professeur de Lettres Sylvie Deroche professeur d’Histoire-Géographie et Rémi Garcin chef du service des Archives communales de la Ville de Digne-les-Bains pour le précieux travail en commun avec les collégiens.

Prévert au Parc Montsouris

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Jamais mis les pieds de ma vie
au Parc Montsouris
me parlait pourtant
enfant
ce nom charmant
mais jamais promené dans ses allées

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l’ai enfin découvert
majestueux
orné d’arbres prodigieux
et d’oiseaux merveilleux
pleuvait un peu mais
me suis imprégné de sa paix
précieuse en plein Paris

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ai rencontré les jardiniers
les ai félicités pour leur beau travail
et leur dédie à voix haute Le Jardin
écrit par Jacques Prévert

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Nos douze haïkus pour Kamaïshi

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Il y a quatre ans
avec ma fille Zoé et mon fils Marius
avions choisi et lu à voix haute quatre haïkus chacun
dédiés aux enfants et aux parents de Kamaïshi,
cette ville du nord-est du Japon
tragiquement frappée par le tsunami
il y a six ans jour pour jour
le 11 mars 2011

Les haïkus de Zoé

Entouré de branches mortes
il se redresse
le printemps !

Ishikawa Keirô

Comme un bloc de nuit voilée
perdu dans mes pensées

Katô Shuson

Viens écouter la glace
qui se craquelle sur le lac

Ozawa Minoru

Quand une tortue crie
l’autre lève la tête
pour l’écouter

Nakahara Michio

Les haïkus de Marius

Voile de lune
une grenouille
trouble l’eau et le ciel

Yosa Buson

Sur le gazon
languissamment retombe
la brume de chaleur

Natsume Sôseki

Dans les brumes de chaleur
quelques trous laissés
par le bâton allé au temple

Kobayashi Issa

A l’entrée du jardin
fleurit le blanc
d’un camélia

Ueshima Onitsura

Les Haikus d’Eric

La lampe éteinte
les étoiles fraîches
se glissent par la fenêtre

Natsume Sôseki

Nulle trace dans le courant
où j’ai nagé
avec une femme

Yamaguchi Seishi

Mon pays natal
détrempé par la pluie
je le foule pieds nus

Taneda Santôka

On vieillit
même la longueur du jour
est source de larmes

Kobayashi Issa

Je n’oublie pas Kamaïshi #1

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six ans ont passé depuis le terrible tsunami
qui endeuilla le nord-est du Japon le 11 mars 2011
notamment la ville de Kamaïshi

m’y rendis en mai 2013
en reviens bouleversé
et à mon retour, écrivis un conte
En attendant la pluie
publié aux Éditions Parole
un témoignage d’amitié et de compassion envers les femmes, les hommes et les enfants rencontrés là-bas

Couvenattendant-la-pluie

ce livre est bilingue,
traduit en japonais par Momomi Machida
en avons tous deux lu un extrait
à voix haute
dédié à toutes les victimes du tsunami
ainsi qu’à leurs familles

Ci-dessous trois photos ramenées de Kamaïshi
sourire retrouvé des pêcheurs
jeune maman relogée dans un abri préfabriqué
et espoir vivace de connaître à nouveau des printemps paisibles

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Quatre haïkus de Issa

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Toujours à portée de ciel
de doigts et de voix
les haïkus de Issa

Ne possédant rien
comme mon cœur est léger
comme l’air est frais

Sois donc rassuré
les fleurs aussi qui voltigent
prennent ce chemin

Par la rosée blanche
le chemin du paradis
peut être perçu

Une bise fraîche
ondoyant et tournoyant
est enfin venue