Shanghai est un trompe-l’œil

trompeloeil

Ils arrivent des quatre coins de l’Empire
souvent de provinces reculées
pour immortaliser leur passage ici sur le Bund
au bord du Fleuve Jaune avec ses bateaux à touristes ses péniches chargées à bloc ses vraquiers et ses barquasses au teuf teuf teuf feutré

la large promenade et sa rambarde gris argenté c’est the place to be à Shanghai
qu’on soit artiste ou professeur paysan ou sidérurgiste étudiant ou cheminot
il faut être sur la photo
s’adosser à la skyline déclencher plusieurs fois si possible pour montrer le résultat à la famille une fois rentré à la maison et dire j’y étais

au-dessus de ces visages et de ces mains
là-bas sur l’autre rive
trônent la Perle de l’Orient et la Shanghai Tower avec ses 632 mètres de hauteur
les deux fiertés d’un pouvoir tout satisfait de voir le peuple accourir ici et oublier
le temps de quelques clics
le fossé sans cesse plus profond entre riches et pauvres
les caméras de surveillance installées dans le moindre recoin au moindre carrefour
la quasi absence de droit du travail
la corruption qui contamine jusqu’aux écoles et aux hôpitaux
la pollution démente
le trafic automobile hallucinant
le combat permanent pour se rendre au travail
la lutte constante et harassante pour être le meilleur à l’école une fois passé l’âge d’or de la maternelle

alors oui les sourires et les v de la victoire sur la photo
en accueillir pleinement la naïveté l’éclat et la fraîcheur
en trompe-l’œil.

Pour boucler (ou presque) la boucle chinoise

 

Avant de boucler demain dans ce carnet mon voyage en Chine
une petite collection de sons de là-bas

à écouter, réécouter
découvrir redécouvrir à sa guise
les accompagne d’une galerie de photographies non encore publiées ici
comme un point presque final
à mes chroniques de Shanghai.

 

 

Sans voix devant ces photos d’Alep

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Manu Brabo / AP

Je reste sans voix
face à l’horreur
de ces photos d’Alep

adolescent
je fus un jour à Buchenwald
muet déjà
face à l’indicible de l’Holocauste

de retour mon père me parla d’Hiroshima
du massacre des Indiens d’Amérique
il me raconta les guerres de religion
le goulag
la torture en Algérie
les doigts coupés de Victor Jara

un jour il me parla d´Oradour
de Gernika
plus tard je découvris Sabra et Chatila
Srebrenica

mon père me nomma aussi les hommes de paix
Gandhi
Martin Luther King
Mandela

et puis il me fit écouter Lennon
Dylan
et Jean-Sébastien Bach

aujourd’hui
je ne peux rien lire
rien écouter
sans avoir envie de pleurer
impuissant et honteux
devant ces photos d’Alep

il me faudra pourtant
je le sais
continuer à croire en l’humanité
parler d’amour à mes enfants
leur raconter les tragédies
leur nommer l’innommable
leur dire le martyre du peuple syrien
leur montrer les photos d’Alep
et espérer un monde de paix

SYRIA-CONFLICT

Ameer Alhabi / AFP Photo

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Ameer Alhabi / AFP Photo

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Abdalrhman Ismail / Reuters

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Manu Brabo / AP

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Hosam Katan / Reuters

 

 

 

Todoliste * de Pâques

Séduit par les Todolistes *de Christine Jeanney – j’ai adoré celles des lycéennes du Lycée Chartier de Bayeux écrites à son initiative et publiées avant-hier – j’ai proposé à Zoé et à Marius, mes deux jeunes enfants, d’écrire à partir de deux de mes photos. Ils ont pris plaisir. Moi aussi en les lisant. Voici leurs textes

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– Manger la petite cocote en chocolat

– En avoir plein les doigts

– S’essuyer sur son beau chemisier

– Aller galoper dans les prés

Zoé

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– Se laisser emporter par leurs regards lointains

– Imaginer leur imagination insistante

– Succomber à leurs regards à plein temps

– Regarder la fille avec de l’empathie par rapport à sa tristesse qui dure éternellement

Marius

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