Écrit en lettres géantes

 

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Il a la pâleur des lutteurs épuisés
le regard doux d’un enfant étonné
filent les jours et passent les semaines
racle semelles sur les places et les scènes
parcourt les routes
sillonne les villes
relie les pays
affronte le froid
ouvre son cœur

Il a la pâleur des lutteurs épuisés
le regard doux d’un enfant étonné

apparaît où se déploient encore
les acteurs des combats de justice
se tait souvent sous ses pancartes hurlantes
colorie le gris du monde en lettres géantes
juche sa haute silhouette d’oiseau migrateur
près de celles et ceux qui n’ont pas peur

Il a la pâleur des lutteurs épuisés
le regard doux d’un enfant étonné

instituteur de la République
activiste aux mille causes
sorcier de la paix
ennemi des guerres
Roi sans royaume
il est poète de l’humain
des animaux
des forêts
des océans
les chérit tout autant
sommes tous ses enfants

il a la pâleur des lutteurs épuisés
le regard doux d’un enfant étonné
il s’appelle Jean-Baptiste Voltuan-Redde

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Irène et Fernand

orgue

Depuis toute petite tu savais
tu avais appris
ce jeu de mains et de pieds
qui transporte de haut en bas
tu connaissais par cœur les danses des doigts
sur le clavier
accordées aux déambulations des semelles
le long du pédalier
tu t’appelais Irène
née avec l’autre siècle
dix-huit ans avant le premier des cauchemars
qui endeuillèrent le monde

pendant que les hommes se battaient
tu venais t’asseoir ici et tu lançais ta prière
je te revois le buste droit comme un bouleau
les yeux clos
les cheveux tressés sur la nuque
et les lèvres pincées
pour que s’échappe de tout ton être
le chant qu’à chaque fois
tu murmurais pour accompagner ta musique

après l’armistice
tu as étendu ton répertoire
jusqu’aux frontières du connu
commencé à composer
à voyager d’église en église
appelée pour tant de cérémonies
pour tant de concerts aussi
première femme à oser jouer Bach
sur l’orgue de la Major
à Notre-Dame aussi

je me souviens de cet homme en larmes
chaque fois que tu jouais
venait s’agenouiller près de la Vierge
te tournait le dos face à l’autel
ne regardait jamais en arrière
se contentait d’écouter tes phrases
et montait vers toi en secret
frôlait les bas-côtés

un jeune écrivain je crois bien
as composé pour lui je le sais
est parti un beau matin
une lettre par jour t’a envoyé
Fernand il signait
a combattu dans le maquis
n’en est jamais revenu
toi, tu as arrêté de jouer
le jour où as reçu dans une enveloppe
sa plume de poète
toute de noir et de gris vêtue

Photo Eglise Saint-Vincent – Pays-Bas 2009 – @Sylvain Margaine

Francis Royo est parti

Je viens d’apprendre le décès de Francis Royo.

Ressens une profonde tristesse.

J’aimais découvrir chaque jour les billets poétiques qu’il postait sur son blog Analogos.

En avais lu deux à voix haute, que voici

Qu’il repose en paix au paradis des poètes.

 

Épuisé(e)s

Remington

Épuisée
abandonnée depuis des lustres
ne me souviens plus où l’ai croisée
ignore quels doigts elle accueillit
combien de pages elle noircit
quels mots elle rythma
n’entendrai jamais le clac clac de ses pattes
imagine sa fin après sa fin
fourguée chez un ferrailleur
délaissée dans un entrepôt
muette au fond d’un musée
échouée au large parmi les épaves
ou adoptée par un poète aux yeux épuisés