Ema, en mode impromptu

ema

Avant de m’en aller vers quelque jachère estivale, écrire ma profonde reconnaissance à Ema.
Une année que cette musicienne accepta, par la grâce d’une rencontre inattendue, de me guider vers la découverte du violoncelle.
Vers l’accomplissement d’un rêve de jeunesse.
Elle arriva un beau matin avec son Mirecourt, me le tendit puis l’installa contre moi.
Ensuite, elle plaça l’archet au creux de ma main et me laissa commencer à tenter de faire vibrer les cordes.
Une à une.
De la plus grave à la plus aigüe.
Elles sonnèrent un petit peu.
Jusque dans ma poitrine et dans mon ventre.
Ema sourit avec douceur.
Je fus bouleversé de cette confiance et de ce partage impromptu.
Cette émotion reste et restera gravée en moi.
Depuis cette petite heure de rêve, le violoncelle m’accompagne chaque jour.
Gratitude immense à Ema pour ce si beau cadeau de la vie.

 

Impromptu – Franz Schubert (indulgence requise…)

 

Roméo cadeau

Avec Roméo

Quel jour de lumière –
merveilleuse rencontre,
Roméo cadeau.

 

Capriccio 1 de Alfredo Piatti – Carol Tsai

Shanghai est un balayeur

MonsieurWang

Pendant que les enfants jouent Monsieur Wang veille à la propreté de la rue piétonne
sans se presser
tu imagines qu’il a toujours fait ça
balayeur dans le quartier de Gubei
il chemine à petits pas et serpente parmi les bancs et les promeneurs

tu t’approches et le salues
il te répond d’un sourire et pose un instant son grand balai au manche en bambou
bientôt soixante ans deux enfants grands déjà il te l’explique avec le plat de sa main à hauteur de ses yeux
tu n’oses lui demander s’il est heureux
tu voudrais mais tu hésites
et puis tu te lances parce qu’il est souriant Monsieur Wang
tu te souviens du mot 高兴 gāoxìng content ça peut signifier heureux
tu le lui dis et il te sourit ce qui veut dire oui
puis il te montre son immeuble là-haut un peu plus loin

Monsieur Wang n’a pas froid en ce début de printemps chinois
il marche beaucoup en poussant son chariot à poussières et détritus
tu aimerais qu’il te raconte sa jeunesse sa Chine d’avant
s’il se souvient de ce temps-là mais tu ne sais pas les mots alors tu ne dis plus rien
et te contentes de ces minutes de partage en lui disant que toi aussi tu es heureux

il te salue et repart vers l’autre bout de la rue
sans un regard pour lui les cadres gominés promènent leurs caniches
les jeunes geeks s’accrochent à leurs smartphones
les garçons courent derrière leur ballon
les filles jouent au badminton avec leurs mamans
les papas baillent et fument
les vieilles dames déambulent et parlent fort en refaisant le monde
les vieux messieurs aussi

à présent les nuages recommencent à frôler et envelopper la cime des immeubles
et les premières gouttes de pluie se mettent à tomber sur le balai de Monsieur Wang.

 

Retomber en jeunesse avec Erri de Luca

Erri de Luca

Avais quitté Erri de Luca à Paris
après son passage sur la scène de la Maison de la Poésie
ses mots si puissants pour évoquer son Naples natal
et la tragédie de la Méditerranée transformée en cimetière pour migrants

l’avais remercié pour ses écrits et ses combats en lui offrant mon Marseille rouge sangs
avions posé ensemble devant le regard affectueux du photographe Hervé Boutet
puis chacun avait repris sa route

Erri de Luca

lui en partance vers le bateau de SOS Méditerranée
moi de retour parmi les miens
les yeux tournés vers ses merveilles de textes
en ce printemps qui laisse monter
dans l’air
chaque jour
le parfum d’un espoir possible
l’amorce d’un changement chez nous
un rêve éveillé de vraie rupture avec le règne du fric tous azimuts
un changement profond qui pourrait nous permettre
de parler à nouveau d’amour de partage de justice de paix de poésie
puis scintiller et rejaillir sur le monde

ce printemps de l’amour retrouvé
Erri l’évoque aussi
dans l’un des trente-sept textes
de son livre Le plus et le moins

Un poids délicieux
ou le souvenir vivace
universel ?
du tout premier baiser

Photos de ci-haut @ Hervé Boutet