Sur l’arbre

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Juché sur la cime qu’attends-tu vieux voyageur des forêts vers quels horizons tournes-tu ton regard de cyclope étonné tu as pris le temps d’arpenter les sentiers bleus des matins tu t’es glissé entre les précipices tu as frôlé les crevasses du monde et tu l’observes à présent figé d’étonnement ou de stupeur ou de froid qui sait rien ne te protège des tempêtes à venir rien pour t’abriter lorsque approchera en silence à travers les nuages enfantins et les nuées d’oiseaux le grand tremblement qui d’un coup d’un seul nous enveloppera tous de ce noir où tout sera à réécrire repeindre réinventer.

Photo de ci-haut : « On the tree » , œuvre de HiroshiTachibana

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Zoé regarde Saïgon

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Ma fille Zoé a de la chance
en voyage au Vietnam
du sud au nord

chanceux suis aussi
m’a envoyé de belles photos
Saïgon pour commencer
si loin, si près

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À travers l’Aragón

Je ne peux m’empêcher
de faire des travelling

là c’est l’Espagne
à travers l’Aragón
en direction de Zaragoza

les rares arbres nous tournent le dos
le paysage file à rebours
tandis que serions à l’arrêt
nous nous enfoncerions sous terre
puis happés par le ciel
nous ne résisterions pas à l’appel
de ces moulins à vent modernes
troupeaux de géants
certains déjà bien las
de tourner en rond dans le sens du temps
comme nous autres parfois

j’aime longer cette terre
ses champs ouverts comme une mer
ses entrepôts, ses silos
ses usines d’autrefois
leurs cheminées gratte-ciel
ses wagons de marchandises délaissés
ses voies ferrées qui espèrent les trains

j’aime deviner l’horizon de cette terre
au-delà de la caresse des arbres et des roseaux

Migrateur

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Puisqu’il faut rentrer
redescendre de la montagne
retourner sur le sol d’avant
non-pas cheminer à reculons
non
se placer dans l’autre sens
revenir dans les contrées laissées en friche
redessiner les contours effacés
laisser le ciel peser sur les silences et les cris d’ici

puisque l’heure sonne d’un nouvel abandon
chaque fois il le faut
oui
abandonner encore
toujours pareil
c’est
enfouir à nouveau le lien ténu avec la neige et la glace
gommer l’éclat des roches
rayer l’alphabet des écorces
écrire cette lumière et repartir

puisqu’il faut oser l’au-revoir
tourner le dos
quitter
couper
perdre

s’en remettre à présent aux calligrammes des migrateurs
redécouvrir leur grâce au-dessus des branches frêles
goûter les traces laissées aux pieds, aux doigts, au corps tout entier
puis, savoir se fondre dans les rêves de départ

Der Wanderer – Franz Schubert – chant : Dieter Fischer-Diskau – piano : Gerald Moore

VasesCommunicants de juillet – 3 cartes postales d’Anna Jouy

Premier vendredi du premier mois du second trimestre. Comme le temps file vite. Je m’égare… Premier vendredi du mois et donc jour de l’échange, du mélange, de l’envasement désiré. Les VasesCommunicants, quelle découverte depuis le joli mois de mai ! Après Claudine Sales et Candice Nguyen, c’est avec Anna Jouy que nous avons choisi en ce mois de juillet de partager des mots, des phrases, des textes, des émotions, des sensations.

Anna Jouy est une poétesse suisse. Les adjectifs me manquent pour qualifier la beauté et la force de son Journal poétique « Les mots sous l’aube » http://www.jouyanna.ch/. Elle m’a suggéré voyages comme mot déclencheur. Et puis cartes postales. Je me suis laissé tenter. Comment aurais-je pu résister à ce partage ? Merci mille fois à elle d’accueillir sur son blog mes petites cartes postales. Sur mon CarnetDeMarseille, voici les siennes. Je les trouve superbes.

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Je t’écris de la terre lourde, de la glèbe et du pays de l’arbre ; je t’écris des eaux qui charrient des vaisseaux fantômes, de l’Indien, du cri, du Grand Voyageur.

Je t’écris à cheval sur les totems, dans la crique, dans le bois et dans le plus grand froid. Je t’écris de là où le cœur prend des racines qui soulèvent la forêt, la portent en ciel, sac de nuages et filaments de feu, en sacrant des blasphèmes de douleur et de désir.

Je t’écris des tripes liquoreuses des écorces, de l’état sauvage des jungles du Nord ; du triste et pesant travail de la taille et de la scie, du bruit mécanique et huileux des tronçonneuses. Je t’écris du barrage, du socque gras et des épis de gel dans les cheveux. Je t’écris comme on chute, avec ce squelette de foi qui tire les convois dans les banquises, avec cette chair de note brumeuse s’élevant des nostalgies. Je t’écris du chant de l’homme en mal d’amour.

Ici je vis solitaire, humain tendu, humain de trait, sans cesse, vainqueur de chaque défaite : Spike white Spike white, être de l’œuvre, esclave fier. Je t’écris de la rapaille, de l’ailleurs et tu sauras que partout où c’est noir, où c’est sale, où c’est transversales sombres, il y a ma poigne amoureuse désirante, projectile lent et lourd, planète ébranlée, ma Marche à L’amour.

ABITIBI photo guide sulisse.com

Québec Miron

PS Lire http://lunefunambule.com/2013/11/12/je-tecris-gaston-miron/

Buenos-Aires-de-Noche

Tu attends n’est-ce pas… ? Tu attends que se lève la nuit comme on lève la poste, les relevailles de folie, celle que je t’écris chaque soir, chaque nuit, à doigts saignants puisqu’en dessous il y a peut-être la vie.

Tu attends n’est-ce pas, que je rentre de mes frémissements, de mes alcools, des pilules blanches de lune ? J’en ai gobé des réverbères ronds et entiers sur le chemin de retour des aventures de Buenos Aires.

Tu attends que de solitude, que de chambre, que de table rase, je te sorte les foisons de l’immense, que je n’y aie pas fermé les yeux, mais gardé bien ouverts, nus de larmes, pures soucoupes dans lesquelles déposer tes amandes.

Tu attends que je sois devenue une danse, un briquet de feu dans les lampions du jeu des jambes. Tu attends que de ce ciel, je t’en dise la lumière, moi, qui n’habite que la nuit, seule couleur où tout le monde, même les êtres allogènes, les fiévreux du dispensaire, tous, peuvent fondre et me joindre.

Tu attends ces mots, qu’on ne peut dire que d’ici et qui sont bien ceux d’ici, America del Sur… Mais c’est à toi de trouver mon chemin, à toi de venir en moi, extraire la prose instable et le tango définitif d’un peu d’amour argentin.

Moi je n’ai que les cachets pour estampille de voiles à mettre.

Buenos Aires photo Omar Uran

Buenos Aires Pizarnik

PS Lire Pizarnik Alejandra http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/pizarnik/pizarnik.htm

pommeraie

Ça y est, j’y suis. Moi aussi j’ai cherché ce carré de neige rose dans le ciel de Google Earth. Moi aussi j’ai voulu m’enivrer de ce parfum, là où marcher sans jamais n’en revenir, dans le duvet du printemps. Il m’a fallu comme lui, attendre mon heure, attendre ce déclenchement soudain des chaleurs et des lumières pour savoir qu’il était temps. J’y suis allée pour toi, parce que je le savais déjà, à l’instant même où j’en ai lu le détail stérile de sa visite, sans la moindre miellée, que c’était l’exacte métaphore de tout ce que l’on entreprend et qui n’aura pas de suite.

Parfois c’est si beau que cela coupe le souffle. On se sent éperdu d’une gratitude inquiète : il y a bien des chances que la vie ressemble à ça. Ces kilomètres de pommiers, tous en même temps éclos, comme un gigantesque champignon aux spores évaporés, grand pompon de chantilly sur ce coin de terre, mouchoir d’un tulle infiniment léger et subtil recouvrant une absence en creux, un silence abasourdi, l’hébétude d’exister pour rien…. Un « don de Dieu », a-t-il dit, déambulant parmi ces arbres goupillant leur parfum au vent sec de Sibérie.

Et tout près de lui, dans les mêmes pas, aussi proches que possible aussi, aussi vains que le sont ces croisées qui n’auront jamais lieu…cet autre inaccessible.

Pommeraie/photo atome 77.com

Sibérie Andreï Makine

PS Lire Andreï Makine, Le Livre des brèves amours éternelles

http://www.aventurelitteraire.com/andrei-makine-le-livre-des-breves-amours-eternelles/

                                                                                                    Anna JOUY                                                                                                                                       

Un grand merci à François Bon et son Tiers Livre http://www.tierslivre.net/spip/, ainsi qu’à Scriptopolis http://www.scriptopolis.fr/, initiateurs de ce vivant projet des VasesCommunicants.

Remerciements chaleureux aussi à Brigitte Célérier grâce à qui chaque mois, nous ne manquons rien des autres échanges rendezvousdesvases.blogspot.fr.