Réfugiés *

Réfugié au dessus de la baie vierge de tout radeau
il rêve et se délecte de la caresse des vagues
la paix règne enfin sur chaque parcelle de mer
sur chaque récif rose
sur le moindre grain de plage
sur le moindre morceau de rocher bleuté où s’accrochent les gabians.

Muets, eux n’oublient rien
ils gommeraient bien les jours d’avant
les jours violents
les nuits emplies de manants, de marchands
ils effaceraient bien la salissure des heures à cauchemarder
le tumulte des pas enchevêtrés
les hurlements, les bousculades, le fracas des coques
le chaos du troupeau jeté au bout de la traversée
les pas sur la neige et le gel
les meurtrissures
le sang imprime leur mémoire comme l’encre envahit le buvard.

Sans faire de vagues en terres tranquilles
nous zappons les pleurs et les cris
ignorons leur écho
ne bougeons pas
ne changeons rien
nous laissons porter dans le flot fade des indifférents
déglutissons nos vies repues
ignorons jusqu’à quand
nous nous réfugierons dans la honte.

* Correspondant pour Radio France à Beyrouth, Omar Ouahmane a tweeté ce matin cette photo depuis l’île grecque de Lesbos où il est en reportage auprès des réfugiés.

Le suivre sur Twitter : @ouahmane_omar

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