Shanghai est un salut

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Il rentre chez lui après le travail ou est en route vers un autre chantier
passager d’un camion chargé de feuillages
à l’arrêt comme toi à l’un des feux de la grande route
il baisse sa vitre et t’offre un salut souriant
ton béret béarnais doit l’amuser
ou bien ton gros nez
tu perçois et reçois de la gentillesse comme souvent ici t’en adressent des gens que de ta vie n’as jamais vu

tu lui réponds bonjour ! ni hao 你好 ! et ajoutes pour parler un peu 很多车在上海!hen duō chē zài Shanghai il y a beaucoup de voitures à Shànghai !
il acquiesce en haussant les épaules
ne sais quoi ajouter alors tu le prends en photo il te remercie 谢谢!xiè xiè
le feu repasse au vert

redémarrer se séparer chacun son chemin
avalés tous deux dans le flux du trafic
ne reverras jamais cet homme mais n’oublieras pas l’éclat fugace de son humanité.

Que Noël vienne pour les migrants

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Migrants présents ici dans ces pages ces enfants et ces grands
ces gestes ces solidarités qui sauvent malgré la loi qui scandaleusement punit
ces voix qui ne se taisent pas pour dire nos peurs notre effroi parfois
pour clamer notre exigence d’humanité et notre honte souvent
migrants par la mer par les montagnes
nos sœurs nos frères en danger migrants accueillis chassés reconduits renvoyés
migrants salués par les mots d’Anna Jouy
dans ce texte publié chez les Cosaques des frontières de Jan Doets
en ce jour de Noël
envie de le lire à voix haute
et de partager

Mots sous l’aube le blog d’Anna Jouy

Les Cosaques des Frontières le site de Jan Doets

Photo de ci-haut @@StefanodeLuigi

Le feuilleton Maïté monte aux vaches #7 « La France, elle est pas très accueillante malgré ce qu’elle dit »

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Grande Grassouillette Sauvage et Trompe-la-mort
ce sont les vaches de Maïté
factrice à la retraite elle monte s’en occuper tous les jours
sur la ferme paternelle trois granges et des pâturages à volonté
y vivent aussi des chats des poules et des canards
ai accompagné Maïté là-haut un après-midi auprès de ses Blondes d’Aquitaine
voulais toucher du doigt et des oreilles à quoi pouvait donc ressembler cette passion pour les vaches qu’elle avait avouée ici il y a deux semaines
un après-midi à la ferme façon feuilleton audio en sept épisodes.

L’épisode #6 « Ce qu’on fait aux animaux, un jour ou l’autre on le fait aux humains »

 

Le feuilleton complet

 

D’un rivage à l’autre

D’un rivage à l’autre
la joie et les larmes d’un voyage

hier

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le sol natal d’abord

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le retrouver
l’embrasser à nouveau

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Marseille toujours aussi belle

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Marseille vivante et métissée
toujours aussi riche de ses accents
de ses couleurs et ses parfums venus de partout

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Marseille et son thé à la menthe brûlant
en plein quartier Noailles
y marchais enfant avec ma mère
Izzo s’y promenait souvent
ce thé brûlant comme le sang et le souvenir
de celles et ceux d’Alep
qui ne le partageront plus

Calais ensuite
tout là-haut sur la carte

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d’où se sont envolées vers moi ces photos sombres
postées par une amie

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Calais désormais désertée par celles et ceux
dont personne n’aura voulu

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et ce mot « jungle » qui rode
ce mot qui claque et claquera toujours comme une insulte
crachée à la face de l’humanité

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Calais et ses barbelés
ses sols pollués
ses menus restes

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Calais et ces traces infimes de la vie qui fut
cette vie précaire et dangereuse
qui ne se nourrit plus de rien d’autre à présent
que du souvenir de l’horizon inatteignable

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Les ours blancs

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Les ours blancs nous regardent
en silence

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ils ont trouvé refuge
sur la vieille porte d’entrée en chêne massif
ils observent notre danse effrénée vers le néant
forêts
océans
nuages
notre intraitable marche vers le chaos
voudraient nous alerter
nous demander d’arrêter nos guerres
nos massacres
nos razzias

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muets les ours blancs
caressés de mes pauvres doigts
sur cette vieille porte d’entrée
où je viens clouer ma peine

On dénombre actuellement entre 20.000 et 25.000 ours polaires dans le monde, dont la survie ne tient plus qu’à une mince couche de glace.

 

Sans voix devant ces photos d’Alep

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Manu Brabo / AP

Je reste sans voix
face à l’horreur
de ces photos d’Alep

adolescent
je fus un jour à Buchenwald
muet déjà
face à l’indicible de l’Holocauste

de retour mon père me parla d’Hiroshima
du massacre des Indiens d’Amérique
il me raconta les guerres de religion
le goulag
la torture en Algérie
les doigts coupés de Victor Jara

un jour il me parla d´Oradour
de Gernika
plus tard je découvris Sabra et Chatila
Srebrenica

mon père me nomma aussi les hommes de paix
Gandhi
Martin Luther King
Mandela

et puis il me fit écouter Lennon
Dylan
et Jean-Sébastien Bach

aujourd’hui
je ne peux rien lire
rien écouter
sans avoir envie de pleurer
impuissant et honteux
devant ces photos d’Alep

il me faudra pourtant
je le sais
continuer à croire en l’humanité
parler d’amour à mes enfants
leur raconter les tragédies
leur nommer l’innommable
leur dire le martyre du peuple syrien
leur montrer les photos d’Alep
et espérer un monde de paix

SYRIA-CONFLICT

Ameer Alhabi / AFP Photo

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Ameer Alhabi / AFP Photo

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Abdalrhman Ismail / Reuters

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Manu Brabo / AP

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Hosam Katan / Reuters

 

 

 

Ta petite pièce

Tu rentres en métro
tu as chaud
tu dormiras au chaud
tu as regardé du beau aujourd’hui :
Vincent Van Gogh

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Frédéric Bazille

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ce beau traverse le temps
il imprime les siècles
il respire l’éternité
ce beau imprègne l’humanité

tu as chaud au cœur, donc
et voilà que tu lèves la tête vers l’homme
qui te tourne le dos dans le métro
et qui va te tendre la main

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cet homme aura froid cette nuit
il dormira dehors
et la pièce de deux euros que tu lui tends ne suffira pas
à apaiser sa faim de chaud, de beau et d’humanité.