Que Noël vienne pour les migrants

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Migrants présents ici dans ces pages ces enfants et ces grands
ces gestes ces solidarités qui sauvent malgré la loi qui scandaleusement punit
ces voix qui ne se taisent pas pour dire nos peurs notre effroi parfois
pour clamer notre exigence d’humanité et notre honte souvent
migrants par la mer par les montagnes
nos sœurs nos frères en danger migrants accueillis chassés reconduits renvoyés
migrants salués par les mots d’Anna Jouy
dans ce texte publié chez les Cosaques des frontières de Jan Doets
en ce jour de Noël
envie de le lire à voix haute
et de partager

Mots sous l’aube le blog d’Anna Jouy

Les Cosaques des Frontières le site de Jan Doets

Photo de ci-haut @@StefanodeLuigi

À Bayonne, vingt et un migrants arrachés à leurs accueillants

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L’heure des adieux hier à Bayonne pour Ahmed Mounir Amar Nasser Mohammed Youssef Abdelazim et leurs camarades Soudanais Somaliens Érythréens tous migrants fuyant la guerre et la misère et accueillis depuis septembre par des bénévoles et des professionnels du Centre d’Accueil et d’Orientation de Bayonne en lien avec l’Association pour la Formation professionnelle pour Adultes et l’association Atherbea
hier midi le séjour en Pays basque de ces vingt et un hommes s’est arrêté contre leur gré car renvoyés en train par les autorités françaises vers Pau où ils seront assignés à résidence avant d’être reconduits en Italie
de là ils risquent d’être reconduits vers la Lybie ou vers leurs pays d’origine car la France continue de leur refuser le droit de déposer une demande d’asile dans le lieu de leur choix à cause de la règlementation européenne Dublin III
ces migrants ne peuvent donc demander leur statut de réfugié qu’en Italie pays où ils sont entrés sur le sol européen
près de quatre cents personnes ont répondu à l’appel du collectif Etorkinekin Solidarité Migrants pour les saluer devant la gare puis sur le quai d’où le train est parti pour Pau via Dax
j’ai assisté enregistreur en main à ces adieux fraternels dignes et émouvants

 

Grand merci à
Abdelazim migrant soudanais
Barth Camedescasse militant de l’association Bizi
Pascale Ribeiro citoyenne
Mylène bénévole accueillante
Michel Vanzo directeur du centre bayonnais de l’Agence Française de Formation pour Adultes

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devant la gare de Bayonne

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Barth militant de Bizi

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les migrants arrivent en camionnette

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Abdelazim

Mylène

Mylène

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une demoiselle danse l’auresku en signe d’hommage et de respect

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l’heure de rejoindre le quai

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les ultimes paroles

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chanter encore Hegoak

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le train entre en gare

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direction Pau

Le collectif Etorkinekin a décidé d’attaquer devant le tribunal administratif toutes les mesures de transfert vers l’Italie qui seront notifiées aux 21 migrants partis du Centre d’Accueil et d’Orientation de Bayonne.

Un thé à la menthe sans frontières

affichesmigrantsQuitter le métro station Noailles et juste à la sortie face au marché des Capucins tomber sur cette affiche les frontières tuent oui là-haut dans les Alpes tout près de nous imaginer le calvaire de ces jeunes migrants africains raconté ici être fier de la solidarité des gens de montagne guidés au quotidien par ce que leur dicte leur conscience leurs valeurs leurs principes souvent dans la crainte des gendarmes

vieuxportensuite descendre vers le Vieux-Port là où tout a commencé pour notre Marseille là où ses fondateurs phocéens choisirent de se poser après des jours et des jours de mer les mêmes qui pour construire la ville puisèrent dans l’antique carrière de la Corderie aujourd’hui dévastée endeuillée

accoulespuis aller saluer le clocher de l’Église des Accoules au pied de ce quartier du Panier où je passai les deux premières années de ma vie elle au moins personne ne va la menacer personne ne projette de la couper en morceaux pour vendre le terrain à un promoteur enfin mèfi quand-même Marseille regorge parfois de mauvaises surprises poursuivre la balade à travers les lieux familiers et m’asseoir devant un thé à la menthe dans ce café où je me plais à écouter les gens parler arabe

ne rien comprendre à ce qu’ils disent mais pas grave au contraire en capter les sons savourer les intonations deviner les humeurs les émotions de celles et ceux qui échangent ici en paix devant la même boisson que moi Marseillais comme moi frères et sœurs de la même cité qui n’en finit pas d’être blessée humiliée et de tenter de panser ses plaies comme elle peut

pizzaavant de m’en repartir une petite faim m’arrêter chez Charly où la pizza est une maxi-régalade me souvenir des mots de Jean-Claude Izzo sur le bonheur .

Callelongue dans la présence d’Izzo

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Chaque fois que mes pas me mènent ici en ce bout du monde marseillais je sais je sens que Jean-Claude Izzo m’accompagne pareil hier sous les embruns et les bourrasques de ce vent d’est furieux Callelongue et ses cabanons trempés sa roche blanche indondée teintée de beige par la pluie son sémaphore tendu vers le ciel gorgé de gris face aux îles Maïre et Tiboulen de Maïre secouées de vagues et d’écume Jean-Claude Izzo tremble à mes côtés devant ce Marseille grandiose terrible et cette Méditerranée où tant d’humains de migrants de marins continuent de se perdre

Je me souviens qu’il y a plus de deux ans et demi je m’étais installé au rond-point de Callelongue pour lire à voix haute un texte de Jean-Claude Izzo

Mon billet de blog du 1er avril 2015 c’est par ici.

 

Le feuilleton Maïté monte aux vaches #6 « Ce qu’on fait aux animaux, un jour ou l’autre on le fait aux humains »

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Grande Grassouillette Sauvage et Trompe-la-mort
ce sont les vaches de Maïté
factrice à la retraite elle monte s’en occuper tous les jours
sur la ferme paternelle trois granges et des pâturages à volonté
y vivent aussi des chats des poules et des canards
ai accompagné Maïté là-haut un après-midi auprès de ses Blondes d’Aquitaine
voulais toucher du doigt et des oreilles à quoi pouvait donc ressembler cette passion pour les vaches qu’elle avait avouée ici il y a deux semaines
un après-midi à la ferme façon feuilleton audio en sept épisodes.

L’épisode #5 « Je suis pas pour la torture des canards »

 

Demain, l’épisode #7 « La France, elle est pas très accueillante, malgré ce qu’elle dit »

Migrants mineurs : en montagne ou en mer, même calvaire

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Journée internationale des droits des enfants ce lundi pensée forte pour ces mineurs migrants africains abandonnés en montagne il y a dix jours dans les Hautes-Alpes au Col de l’Échelle près de Briançon ai découvert leur calvaire en écoutant ce reportage poignant et révoltant de Raphaël Krafft sur France Culture

Ce reportage a été diffusé vendredi dernier dans l’émission Le Magazine de la rédaction

Ne donnez pas à la mort le droit de dire le dernier mot, lançait Erri de Luca à la Maison de la poésie en avril dernier en évoquant le sort des migrants qui tentent de traverser la Méditerranée pour rejoindre l’Europe. Ses mots valent également pour tous ceux qui empruntent plus au nord la voie de la montagne eux aussi au péril de leur vie.

Photo de ci-haut @RaphaëlKrafft

 

Dans le Tanger de Candice Nguyen

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Il faudrait pouvoir dérouler la longue contemplation
du détroit de Gibraltar et de Tarifa :
cette Europe qui semble si proche, si proche…
combien de personnes noyées entre ses bras ?
déstabilisant le vertige ressenti ici
depuis le petit muret sur lequel nous sommes assis.

Ils résonnent fort en moi ces mots de Candice Nguyen publiés dans son Carnet tangérois me souviens que début mars à Tarifa de ce côté-ci de la mer avais marché avec mon amoureuse jusqu’au bout de la digue qui mène à l’Île des Colombes le point le plus au sud de l’Europe l’endroit où se mélangent l’Atlantique à droite en regardant la mer et la Méditerranée à gauche avec le Maroc en face juste là on touchait presque Tanger nous étions émerveillés devant ce ballet des flots avions senti aussi monter en nous de la honte devant cette Méditerranée qui pleure tant de migrants disparus noyés à quelques brassées à peine de notre continent tellement égoïste ensuite je me souviens avions hésité un moment à prendre un ferry et partir découvrir Tanger et puis non trop court pas assez de temps devant nous une journée bien trop court Tanger ne se déguste pas au pas de course alors en remontant vers Cadix et Séville nous sommes promis d’y aller sans tarder en prenant vraiment le temps cette ville magique Candice l’a arpentée l’a respirée l’a lue l’a photographiée y a écrit combien de temps est-elle restée je ne sais mais de là-bas elle a ramené un Carnet tangérois tellement beau tellement touchant que je ne résiste pas au plaisir d’en lire à voix haute un extrait Le Café à l’anglaise ça s’appelle

à Tanger irons bientôt j’espère Inch’Allah boire le thé et parler avec ces femmes magnifiques qui le tiennent en écoutant Sabâ Peşrev – Tanburi Büyük Osman Bey découvert grâce à Candice.

 

Photo de ci-haut @CandiceNguyen

 

Retrouver les chênes et les bouleaux

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Remonter vers les chênes et les bouleaux retrouver leurs écorces râpeuses et douces respirer profondément dans la fraîcheur du jour sentir ma peau se gercer bien sûr un peu moins souple qu’avant cette peau hé hé Papet le temps te travaille lui tire la langue lui envoie des grimaces en souriant puis cherche contact et parfum silencieux au pied des troncs dressés en majesté vers les cieux me souviens soudain de ces branchages contemplés l’hiver dernier à Tarifa nus dépouillés de feuilles tendus sous la lumière dorée tels des bras en prière pour que le printemps s’en revienne vite prière surtout je les ai entendus ces arbres pour que plus un seul migrant ne périsse en mer entre l’Afrique abandonnée et notre vieille et honteuse Europe presque à la nuit quitter les chênes et les bouleaux et rentrer écouter une histoire mise au chaud en début de semaine dans ma collection de podcasts l’histoire d’un fou d’arbres lui aussi.

Le fou d’arbres est l’un des trois personnages découverts dans l’émission Les Pieds sur terre de lundi dernier sur France Culture

Tarifa #3 Luz Milagros dans le poste de Radio Tarifa

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Luz Milagros est une enfant de la ville
l’une des voix de Radio Tarifa
radio associative
lancée il y a une bonne quinzaine d’années
par la municipalité
quinze ans qu’elle anime Los Super 20
les tranches du matin et de l’après-midi
avec un programme musical à la carte
fabriqué en partie au gré des demandes de dédicaces des auditeurs
avec en bonus des informations locales sur les spectacles

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comme tous les citoyens natifs de Tarifa
Luz Milagros n’oublie pas qu’elle a grandi juste en face du Maroc
elle se sent concernée tout autant par les musiques du monde
que par l’actualité chaude
comme celle des migrants
des réfugiés
régulièrement accueillis ici

Luz Milagros ne travaille pas seule
deux journalistes sont sur le pont tous les jours
pour la session d’info de 21 heures
où l’actualité locale, les fêtes populaires et les évènements sportifs trouvent toute leur place

Tarifa #2 Maria Carmen au grand cœur

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20 ans que Maria Carmen est bénévole
à la Croix Rouge de Tarifa
chaque matin de 5 heures à 10 heures
elle participe à l’accueil des sans abri
leur propose une douche
un petit-déjeuner
et ils repartent pour une journée d’errance

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depuis trois ans et l’arrivée sur les côtes de la ville
de plus de 1.400 migrants
le local de la Croix Rouge s’est équipé pour accueillir dignement
les réfugiés qui font le trajet Maroc – Espagne dans des barques de fortune

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serviettes de toilette
duvets
vêtements chauds
robes pour femmes enceintes
layette
couches
jouets

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Maria Carmen se souvient que cet hiver
une embarcation a chaviré non-loin des côtes Tarifa le avec 11 personnes à bord
dix ont survécu
dont trois enfants
une autre est morte en mer
son corps a été recueilli par la Guardia Civil
et enterré dans le carré du cimetière de la ville réservé aux disparus en mer

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elle raconte aussi que les migrants sont bien traités en Espagne
mieux qu’en France dit-elle
ils restent quelques jours chez nous
le temps de récupérer de leur éprouvante traversée
puis ils partent pour Algeciras
où le plus souvent ils reçoivent des papiers
jamais entendu de propos racistes ici
contrairement à chez vous, ajoute-t-elle

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Maria Carmen désire continuer à donner de ses heures
aussi longtemps que des hommes des femmes et des enfants le nécessiteront
qu’ils vivent en Espagne ou qu’ils arrivent d’ailleurs
lorsqu’elle parle de la tragédie des migrants qui meurent en mer,
sa compassion laisse par instants poindre une profonde révolte
elle la masque aussitôt d’un sourire attendri
devant quelques photos-souvenirs de belles rencontres

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