Trois fois clic clac et puis revient (24) Sur le vieux Bianchi…

Ressortir le vélo. Besoin de tourner les jambes, même condamné à rester loin de la montagne escaladée jadis mais aujourd’hui interdite. Me vêtir chaudement car ça commence à pincer. Tirer sur les cuisses quand ça monte un peu. Grimacer. Respirer plus vite. Plus fort. Souffler. Retrouver la bonne trajectoire vers le bas de la pente. Réentendre le petit clic clic clic métallique du pédalier en roue libre. Savourer le tout léger frottement de la chaîne sur les pignons en ajoutant quelques dents. Aller saluer en vitesse mes copines les brebis. Leur lancer quelques bêêêêêê. Sourire de leur indifférence. Me remettre en selle. Pédaler souple. Savourer l’air frais sur les joues. Revisiter le Ventoux et l’Izoard, par flashes teintés de plaisir et de souffrance. Me rappeler les si précieux mots de Franck et de son papa qui me portèrent un jour avec amitié jusqu’en haut de l’Aubisque et du Tourmalet. Un coup d’œil sur la montre. Me résoudre à m’arrêter au bout d’une heure. Maudire les interdits absurdes. Envoyer au diable les faiseurs de lois liberticides. Lancer ciao bello ! à mon vieux Bianchi en le remisant. Me languir de la prochaine sortie. Rêver à une randonnée tout là-haut avec mon ami. Accueillir sa photo et ses mots, pour la contribution #22 Mille fois mercis, Franckie !

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 » Ce n’était rien qu’un peu de miel, mais il m’avait chauffé le corps, et dans mon âme il brûle encore à la manière d’un grand soleil. »
Ne serait-ce qu’un instant, revenir dans le temps…

Chanson pour l’Auvergnat – Georges Brassens

(À demain, 8h30…)

 

Prolonger le délice jusqu’à la mer

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De chacune de ses balades, Nicolas Esse donne à voir une photo, postée sur Twitter, avec deux seuls petits mots pour accompagner : à vélo. Aussitôt, me voilà en Suisse à ses côtés. Il y a souvent un lac, des coteaux, des champs de blé, des mélèzes, des collines et des montagnes avec encore de la neige au sommet. Nous sommes en terrain de beauté. Paisible. Nous montons et descendons. J’imagine l’effort et le plaisir. C’est délicieux. Il y a une dizaine de jours, je trouve ce texte sur son site : Le Tour de rien : Jusqu’à la mer. Tiens tiens, je me dis ! Il est allé jusqu’à la mer ! Pour prolonger le délice, le lire à voix haute.

Le Tour de rien : Jusqu’à la mer

 

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Photos @NicolasEsse

Encensons ce jour nouveau

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Sortons. Partons. Frissonnons. Pédalons. Humons. Écoutons. Contemplons. Posons-nous. Cillons. Glanons. Taisons-nous. Respirons. Imprégnons-nous. Goûtons. Imaginons. Tremblons. Souvenons-nous. Prions. Rêvons. Avançons. Encensons ce jour nouveau.

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Domenico Gabrielli – Ricercar No. 6 – Elisabeth Reed

Shanghai est un Caffè Latte

cafélatte

Tu te lasses du jetlag Papet tu voudrais qu’il te lâche à présent le vilain cinq jours à l’ouest tu en as marre de te traîner en plus cette bruine qui enveloppe la ville l’anesthésie te la rend cotonneuse et grise sans compter les averses tu cherches un coin de ciel bleu au-dessus des cimes des saules pleureurs et des immeubles et la terrasse continue de faire tic tic tic avec toutes ces gouttes alors tu décides de sortir quand même tu vas te mouiller mais tu veux te bouger maintenant avant que les petits enfants rentrent de l’école tu as le temps et il te vient soudain dans la tête et au palais une envie de café ça va te bousculer et puis tu adores le goût aussi tu bois volontiers du thé chinois mais là tu rêves d’un bon café avec du lait un cortado comme en Espagne à San Sebastián tiens te voilà sur ton vélo vers la cafétéria tu l’as repérée chaque année tu y fais de petites haltes entre deux ballades elle n’est pas si loin de la maison tu tournes les jambes fais attention à gauche et à droite aux carrefours ici les voitures sont reines et les vélos comptent pour rien comme des moustiques tu te fais klaxonner de derrière les vélos et les scooters électriques préviennent qu’ils te doublent c’est ça tu sursautes et tu te ranges et te voilà arrivé passer ta commande c’est agréable de dire en chinois je voudrais un Caffè Latte c’est écrit au-dessus du comptoir tu adores la mescle des langues puis tu vas t’asseoir face à l’entrée comme toujours et commences à écouter les gens parler tu ne comprends rien mais tu aimes ne rien comprendre tout en cherchant à dénicher dans le flot un mot connu ça te plaît tant d’être dérouté mais jamais perdu tu restes quand même tu voudrais bien saisir un peu de ce qu’ils se racontent à voix haute presque en criant derrière la déco aux fausses plantes vertes et aux livres factices tu entends leurs rires aussi ils sont joyeux les Chinois un côté enfantin léger insouciant qui te plaît beaucoup souvent tu les regardes à travers les étagères ils aiment parler fort et rire ensemble tu as envie de rire avec eux mais tu n’oses pas bien sûr alors tu attends ton Caffè Latte et tu écoutes Norah Jones en musique de fond en pensant à ton amoureuse restée là-bas qui adore Norah Jones et aussi le Caffè Latte.