Shanghai est un retour

retour

Maintenant que tu redescends vers la vallée dans la voiture qui te ramène à la gare de Deqing assis devant à côté du chauffeur dont tu comprends à peine un demi mot dire au revoir à la montagne à l’heure où commence à se colorier de gris le paysage cette montagne qui se pare au fil des minutes des chauds habits du souvenir la pluie dès le petit jour tu l’as écoutée tapoter les toits cette nuit elle t’a bercé comme à la maison lorsque l’automne s’installe la pluie encore ce matin alors que tu petit-déjeunes de quelques crêpes sucrées un œuf dur un peu de raisin et un thé brûlant dans un grand verre les feuilles flottent et tournoient vers le fond c’est joli cette danse des feuilles joli comme le caractère de thé en chinois 茶 Chǎ se prononce tcha comme tcha du tcha tcha tcha en descendant la voix puis la remontant allez un petit café du soluble et au lait c’est bon aussi et tu descends découvrir le bas du village marcher vers les petits jardins aux parcelles soignées un vieil homme au chapeau pointu bêche sa parcelle tu vas le saluer il te salue aussi en souriant il lui manque plein de dents tu n’oses le déranger avec des questions que tu ne sais pas bien poser du tout puis longes un gros ruisseau bordé de passerelles un petit héron blanc s’envole les pattes frêles bien jointes c’est touchant il a pris peur le bruit de tes pas croises quelques poules et leur coq tout trempés aperçois un bâtiment avec une énorme étoile rouge en haut de sa façade mais pas de faucille ni de marteau demande tant bien que mal ton chemin vers le temple bouddhiste Tianquian tu veux à tout prix le voir tu te sens toujours si bien sur les lieux de prière et de recueillement mets du temps pour le trouver sur les hauteurs du village enfin le voilà coincé entre deux arbres géants il te semble désaffecté ce temple lorsque tu grimpes les marches de pierre juste un toit de cinq six mètres de long posé sur une charpente couleur châtaigne il est bordé de deux murs aux parois jaunes quatre lanternes rouges et rien de plus pas beaucoup de place pour prier peut-être rares sont les gens du village qui croient encore en Bouddha tu ne sais pas en fait pourtant un peu plus haut délaissé près des feuillages un autel comme une petite pagode l’intérieur est constellé de tiges d’encens brûlé une forêt rouge miniature quand est-on venu se recueillir ici pour la dernière fois tu retournes sous le temple et ferme les yeux et pense aux disparus qui en toi vivent encore si intensément pries à ta façon comme toujours à leur repos et leur paix puis repars vers les futaies de bambou et les maisons aux jardins en désordre trempés certains envahis de planches de briques de gravats une rose rose dépasse d’un grillage les pétales en larmes et à présent c’est le retour qui te happe tu es dans le temps présent fonçons vers la ville le chauffeur roule très très vite tu lui fais comprendre que tu as le temps pour ton train qui te ramène à Shanghai il lève un peu le pied mais pas longtemps te montre les champs de thé Chǎ Chǎ tu le comprends il te dit qu’il aime bien en boire de ce thé de montagne la nuit s’installe sur la route la campagne défile maintenant et bientôt les premiers quartiers de Deqing tu traverses la ville très sombre et te voilà en gare devant un immense panneau lumineux où cohabitent horaires des trains des deux côtés et au milieu clip vidéo de propagande pour le gouvernement et publicités pour parfums et voitures tout ça défile et s’enchaîne en boucle personne ne semble regarder indifférents les voyageurs ils en subissent sans doute beaucoup des clips et des pubs à longueur de journée c’est comme en France même lassitude de ce matraquage pour les marques et pour le pouvoir même si chez nous la propagande est plus masquée bref un hall à fuir volontiers lorsque arrive l’heure de ton train un long couloir mène sur le quai peu éclairé très long lui aussi comme le train qui déboule phares jaunes percent la nuit dans moins de deux heures Shanghai les petits dormiront bien sûr il y a école demain tu attendras samedi Papet pour leur montrer tout heureux tes photos de la montagne du train à grande vitesse et leur faire écouter la musique de la pluie et le chant des grillons dans la forêt.

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